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Quatrième de couverture :

Dans l'antique ville de Troie, Cassandre, fille du Roi Priam, a le don de voir l'avenir. Elle devient alors prêtresse d'Apollon. Mais un jour, mécontentant le Dieu, elle reçoit une terrible punition : elle a toujours son Don, mais plus personne ne la croira...
C'est alors que son frère, Pâris, ramène sa nouvelle femme, une certaine Hélène...
Cassandre a beau prévenir ses proches, personne ne la croira...

Mon avis :

"Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pélée !"

Ainsi commence l'Iliade, telle que le chantait Homère. Cette version la vieille Cassandre, qui a survécut à la chute de Troie, ne veut pas l'entendre sous son toit, car la vérité, elle la connait. Ce sont ses souvenirs que nous allons suivre dans les pages de ce roman.

Troie ou la trahison des dieux, cependant, raconte bien plus que l'Iliade puisqu'il débute avec la naissance des jumeaux Pâris et Cassandre, des années avant les évènements qui conduiront à la guerre de Troie.

Dans cette réécriture du mythe, Marion Zimmer Bradley donne la part belle aux femmes. Dans les premiers chapitres, les hommes font de la figuration et, dans leurs rares apparitions, ne semblent guère sympathiques. Ils sont autoritaires, colêriques, orgueilleux, libidineux... Les femmes paraissent en comparaison sages, avisées, compréhensives. Cette vision assez manichéenne des relations hommes-femmes s'équilibrera un peu dans le cours du récit avec des personnages féminins plus ambigüs et, du côté des hommes, les apparitions d'Énée et de ce vieux roublard d'Ulysse, dont l'auteur a su parfaitement capter l'essence.

Toutefois, celui qui prend le plus cher dans l'histoire est sans conteste Achille. Certes, le héros grec était déjà, sous la plume d'Homère, dépeint comme colérique et orgueilleux mais Marion Zimmer Bradley pousse ces traits jusqu'à la caricature, le transformant en bête sauvage abjecte et méprisable.

Le choix de Cassandre comme héroïne est judicieux à plus d'un titre. Ses dons de vision prophétique sont un moyen facile mais élégants de jeter un oeil sur des événements éloignés dans le temps et l'espace tout en gardant un point de vue unique. Cassandre, qui voit l'avenir mais est condamnée à ne jamais être crue, attire l'empathie du lecteur. On souffre avec elle de voir le destin implacable s'abattre sur les siens et sa citê. C'est un personnage sensible et complexe.

Un point que j'ai particulièrement aimé dans ce texte est le traitement du merveilleux. Les interventions divines sont gérées avec élégance, restant crédibles sans tomber dans un excès de rationnalisation. Nous sommes dans un monde clairement magique, dans lequel les dieux jouent avec le destin des hommes, mais nul besoin de les voir discuter le bout de gras sur le mont Olympe pour y croire.

Ceux qui ont lu l'Iliade retrouveront avec plaisir les grandes scènes du poème et s'amuseront à jouer au jeu des sept erreurs. Les différences avec la version canonique de la guerre de Troie sont finalement assez minimes mais suffisantes pour expliquer la colère de la vieille Cassandre, au début du roman.

Même si elle ne détrônera pas Homère dans mon coeur, Marion Zimmer Bradley a su nous livrer une version passionnante du mythe et nous prouve que les bonnes histoires sont immortelles.

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