La Bibliothèque de Loki

22 septembre 2019

L'Homme qui en savait trop peu - James Thurber

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Quatrième de couverture :

L’Homme qui en savait trop peu rassemble treize « histoires criminelles » de James Thurber inédites en français, écrites entre 1929 et 1962. De la parodie de film d’espionnage (La dame du 142) au pastiche de James Cain, l’un des fondateurs du polar « hard-boiled » (L’enfer ne se déchaîne qu’une fois), en passant par des meurtres férocement domestiques (M. Preble se débarrasse de sa femme) et professionnels (Tutoyer les sommets), ou une troublante relecture de Shakespeare sur le mode Cluedo (L’affaire Macbeth), s’expriment dans ces textes tout l’humour délicieux et la fine psychologie de l’auteur.
Car Thurber, s’il s’amuse des codes du roman policier, est aussi, dans l’Amérique moderne des années 1920-30, le créateur de la figure du « little man » : ce citadin en chapeau et costume gris, comptable ou archiviste, certes timide, névrosé et rêveur, n’en ourdit pas moins, comme tout un chacun, de sombres projets criminels… parfois contrariés par sa « tendre moitié », souvent par sa propre maladresse, mais toujours à mourir de rire.

Mon avis :

James Thurber a fait les grandes heures du New Yorker magazine en tant qu'écrivain et dessinateur. Comme son collègue Wolcott Gibbs, dont j'ai critiqué le très drôle Tous au pôle ! en début d'année, Thurber écrivait des textes pleins d'humour. Son œuvre la plus connue est La Vie secrète de Walter Mitty, qui a connu plusieurs adaptations au cinéma (celle de Ben Stiller en 2014 est excellente, soit dit en passant).
L'Homme qui en savait trop peu et autres histoires criminelles est un recueil de 13 nouvelles parues entre 1929 et 1962, agrémentés de dessins de l'auteur.

Thurber pratique l'humour absurde et le non sens, qui a ceci de particulier qu'il faut réussir à se faire embarquer par l'auteur pour passer un bon moment. Dans le cas contraire, on reste sur le quai avec une moue dubitative. C'est ce qui m'est arrivé pour plusieurs textes. J'avoue ne rien avoir compris à Little Joe, un braquage qui tourne mal, mais sans conséquences, ni à L'Enfer ne se déchaine qu'une fois, une histoire d'amour où la passion se règle à coup de poing. Il est possible qu'il faille avoir lu Le Facteur sonne toujours deux fois, de James M. Cain, pour pleinement apprécier cette dernière, mais ce n'était pas mon cas.

Quelques faux départs, donc. Mais quand on parvient à monter dans le train, c'est un régal. Parmi mes nouvelles préférées, je citerais, sans ordre particulier :

- Tutoyer les sommets :
Un employé modèle ne supporte pas les manières d'une nouvelle recrue et décide de l'assassiner. Il a imaginé le plan parfait, mais rien ne se déroule comme prévu !
Même si on la voit venir, la chute est très bien amenée.

- L'Affaire Macbeth :
Deux amateurs de romans policiers propose une relecture de la célèbre pièce de Shakespeare, selon les codes de leur genre littéraire favori.
J'aurais sans doute encore plus apprécié cette nouvelle si j'avais lu Macbeth mais, en tant qu'amateur de policiers à l'ancienne, je l'ai tout de même trouvée très drôle. C'est étonnant de voir comment les raisonnements qu'on a tous quand on lit un Agatha Christie, par exemple, se transposent très bien dans une pièce de théâtre qui n'a, a priori, rien à voir.

- Le Dossier Lapin blanc :
Et si une histoire pour enfant était écrite par les gars qui conçoivent les émissions policières radiophoniques ? Et bien cela donnerait une enquête de Fred Fox, chargé de retrouver Daphné Lapinot. Principal suspect : Franz Grenouille, le propriétaire du night club Le Nénuphar.
Une géniale opposition de style entre deux genres qu'on pourrait croire incompatible. Thurber prouve que non seulement c'est faux, mais en plus c'est bon !

- Un ami pour Alexander :
Dans ses rêves, Andrews se lie d'amitié avec Alexander Hamilton, un homme politique du XIXème siècle. Problême, Aaron Burr, adversaire historique d'Hamilton, transforme les rêves en cauchemars, au point d'en affecter la vie d'Andrews.
Un point de départ improbable pour un récit qui fonce doucement mais sûrement en plein dans le mur du surréalisme.

- M. Peeble se débarrasse de sa femme :
Un petit bijou d'humour domestique. Il s'agit essentiellement d'un dialogue entre un mari et une femme, qui tourne rapidement à l'absurde. Cette histoire m'a provoqué mon plus gros fou rire, mais aussi ma plus grande frustration. En effet, elle serait parfaite si elle ne manquait pas d'une chute !

C'est en effet une particularité étonnante de ce recueil. Beaucoup de textes que je n'ai pas cités sont très drôles, mais se terminent en queue de poisson. Comme si l'auteur, ne sachant comment conclure, a laissé tomber pour passer à autre chose. C'est assez déroutant et m'a empêché d'apprécier pleinement certaines histoires. C'est dommage, car James Thurber est très plaisant à lire et son humour fait souvent mouche.

Un recueil inégal, mais qui contient quelques bonnes pépites.


20 septembre 2019

Encres de Chine (When Red is Black) - Xiaolong Qiu

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Quatrième de couverture :

À Shanghai, passage du Jardin au trésor, un meurtre est commis. Les habitants sont tous sur la sellette et la tension monte. Dans cette Chine où on s'efforce d'assaisonner le communisme à la sauce capitaliste, un monde sépare les jeunes loups fortunés des anciens gardes rouges. Pas facile de s'y retrouver, même pour l'inspecteur principal Chen et son adjoint Yu. Ils en perdraient presque leurs certitudes

Mon avis :

Le cadavre d'une femme est retrouvée dans un Shikumen* de Shanghaï. La victime est une ancienne garde rouge devenue dissidente en raison d'une liaison avec un poète aux idées politiques non conformes au Parti, et d'un livre qu'elle a écrit dénonçant la Révolution Culturelle. En toute logique, le service politique de la police criminelle est chargée de l'affaire.

Encres de Chine est le troisième tome de la série des enquêtes de l'inspecteur principal Chen. En réalité, il s'agit plutôt d'une enquête de l'inspecteur Yu, son fidèle adjoint, puisque Chen Cao a pris un congé pour se consacrer pleinement à une traduction. C'est donc Yu qui mêne seul l'enquête, Chen se contentant de se tenir au courant de son avancée et de suggérer quelques pistes. J'ai apprécié de voir Yu mis plus en avant, et suivre ses états d'âme et ses doutes quant à sa vocation. Yu et sa femme son vraiment des personnages attachants.

En dehors de cela, la dynamique de la série n'est pas bouleversée. En marge de l'enquête, Qiu Xaolong continue de nous faire découvrir la Chine des années 90, sa politique, sa culture et son mode de vie. Au delà des enquêtes, déjà intéressantes en soi, c'est surtout cette immersion dans une culture étrangère qui me plait énormément dans la série. Même si le roman parle beaucoup de politique, on reste à l'échelle des individus. C'est avant tout de rapports humains dont il est question.

Un bon roman, dans la lignée des volumes précédents.

 

* Shikumen : Lotissement urbain construit à partir du milieu du XIXe s. à Shanghaï. C'est un ensemble de résidences à l’intérieur d'une enceinte que dessert un porche en pierre (note de l'auteur).

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18 septembre 2019

Le Complexe du chimpanzé, tome 3 : Civilisation - Richard Marazano & Jean-Michel Ponzio

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Quatrième de couverture :

Quelque part dans l'espace... Secteur indéterminé, époque indéterminée...
Après des années d'errance, Hélène s'éveille enfin...
Dans la navette désactivée, l'équipage qui avait espéré percer les mystères de Mars ne compte désormais plus que deux survivants. A l'extérieur, la masse imposante d'un vaisseau non identifié ouvre une porte vers un avenir possible...
Ce vaisseau est leur seul espoir, l'espoir que la vision de Gagarine ne soit pas un rêve sans vie, l'espoir qu'un jour, Hélène puisse rejoindre Sofia pour un ultime voyage.

Mon avis :

Ambiance Lost in Space pour ce troisième et dernier chapitre du Complexe du chimpanzé. J'étais très excité en entamant la lecture de cet album, mais aussi inquiet du risque de déception. Vais-je enfin avoir les révélations tant attendues ?

Et bien... non, pas vraiment. Je termine ma lecture avec autant de questions irrésolues et je ne sais pas trop quoi en penser. La lecture est agréable, pourtant. Mais de bons dessins et des personnages bien écrits ne font pas tout. En choisissant de ne pas choisir, Richard Marazano me frustre et cette fin ouverte ne me plait pas.
C'est finalement la relation à distance entre Hélène et sa fille qui m'aura le plus ému et tenu en haleine dans cette histoire.

Quel dommage !

Le Complexe du chimpanzé, tome 2 : Les Fils d'Arès - Richard Marazano & Jean-Michel Ponzio

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Quatrième de couverture :

Hélène Freeman et son équipe sont en route vers Mars, pour une mission qui leur réserve d'autres surprises colossales !
Expédiés sur la Lune pour trouver des éléments d'explication à l'incroyable réapparition d'Armstrong et Aldrin dans leur capsule Apollo, Hélène et les membres de son équipe ont dû revoir leurs plans. L'interception d'un message russe laisse clairement entendre que la solution pourrait se trouver sur Mars ! Pendant ce temps, sur Terre, Sofia, la fille d'Hélène, terriblement déçue par les choix de sa mère, fugue.

Mon avis :

Après leur enquête sur la Lune, Hélène Freeman et son équipe s'envolent pour Mars. Objectif : découvrir si les russes ont réellement foulé le sol de la planète rouge en 1969...

Un album qui pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. Le mystère s'épaissit et, encore plus qu'après le premier tome, je n'ai toujours aucune idée de comment tout cela va se terminer... mais c'est justement cela qui me plait.

J'espère seulement que la fin sera à la hauteur !

Le Complexe du chimpanzé, tome 1 : Paradoxe - Richard Marazano & Jean-Michel Ponzio

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Quatrième de couverture :

2035. Une étrange capsule spatiale s'abîme dans l'Océan Indien et est récupérer par l'US Navy. Lorsque les deux rescapés déclinent leur identité, ils sont immédiatement mis au secret.
Hélène Freeman est chargée de les interroger. Elle doit bientôt se rendre à l'évidence, les deux prisonniers sont bien Neil Armstrong et Buzz Aldrin. mais alors, qui sont les hommes revenus de la mission Apollo, 64 ans plus tôt ?
Une mission lunaire est organisée pour percer ce mystère. Hélène s'engage pour une mission qui l'emmènera bien au-delà de ses espérances.

Mon avis :

2035. Une capsule spatiale est récuperée dans l'Océan Indien par la marine américaine. À son bord, deux survivants qui prétendent être Neil Armstrong et Buzz Aldrin revenant de mission sur la Lune ! Mais alors, si ils sont vraiment ce qu'ils prétendent être... qui sont les hommes qui ont été acclamés en héros en 1969 ?
Paradoxe est la première partie d'une histoire en trois tomes.

L'histoire débute de façon bien intrigante. Je n'ai vraiment aucune idée de la façon dont les choses vont évoluer et je trouve ça assez cool. Au scénario, Richard Marazano fait du bon boulot. Les enjeux sont clairs, et on digère sans mal la masse d'informations. L'auteur prend également le temps de développer la relation entre l'héroïne, Hélène Freeman, astronaute de la Nasa, et sa fille sans que cela n'empiète sur l'histoire principale.

Les dessins de Jean-Michel Ponzio ont un rendu photographique assez froid qui colle très bien au sujet, même si cela donne parfois un côté figé aux expressions faciales. Mais dans l'ensemble, rien de trop génant.

Un premier tome très encourageant pour la suite.


Le Secret de Chimneys (The Secret of Chimneys) - Agatha Christie

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Quatrième de couverture :

Tout avait commencé de la façon la plus classique qui soit : un prince déchu cherchant à récupérer son trône sollicite l'appui - discret - des Britanniques.
En échange de quoi, les compagnies anglaises se verraient concéder l'exploitation des pétroles du petit Etat. Bref, une banale manœuvre politico-financière, élaborée dans le cadre somptueux d'une des plus anciennes demeures seigneuriales d'Angleterre : Chimneys. Pourtant, l'affaire se corse lorsqu'on se rend compte que des individus équivoques se sont glissés parmi le beau linge qui prépare sa révolution de palais.
Et les cadavres font affreusement désordre dans les salons de Chimneys...

Mon avis :

Anthony Cade, guide touristique en Afrique, se morfond dans son travail quand un ami lui en fournit un autre bien plus palpitant, et mieux payé. Deux tâches fort simples lui sont confiées : apporter un manuscrit, les mémoires d'un prince herzoslovaque, à un éditeur de Londres, et rendre des lettres compromettantes à une jeune femme. Mais ce qui semble simple en apparence va s'avérer bien plus compliqué que prévu...

L'histoire, qui tourne autour de la succession au trône de la Herzoslovaquie (un pays fictif inventé pour l'occasion), vire rapidement en chasse au trésor. Les rebondissements son un peu trop rocambolesques à mon goût, et certaines ficelles scénaristiques sont très grosses. Heureusement, on peut compter sur la plume d'Agatha Christie pour faire passer la pilule. Les personnages sont attachants et les dialogues savoureux. Les chapitres s'enchaînent rapidement et, en suspendant son incrédulité, on s'amuse malgré tout.

Ce qui est moins amusant, par contre, ce sont quelques coquilles assez grossières. Le surintendent Battle devient plusieurs fois un superintendent, et la Comtesse Popoffsky devient 150 pages plus loin la Comtesse Popoleffsky. Mon édition est assez ancienne (Le Masque 1968), j'imagine que ces fautes ont été corrigées depuis, mais je préfère le noter quand même.

Le Secret de Chimneys est un roman très divertissant, mais ce n'est clairement pas le meilleur Agatha Christie que j'ai lu.

16 septembre 2019

Le Cycle du Graal, tome 1 : La Naissance du roi Arthur - Jean Markale

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Quatrième de couverture :

Au commencement était le Graal, coupe d'émeraude dans laquelle joseph d'Arimathie recueillit le sang du Christ sur la croix.
Son fils, Alain, la cacha dans l'île d'Avalon, terre mythique et mystérieuse qui se dérobait à tous. Pendant plusieurs siècles, en effet, personne ne sut en découvrir le chemin... Vint alors Merlin. Fils du démon et d'une mortelle, mais divinement inspiré, Merlin l'Enchanteur va œuvrer dans l'ombre et présider aux destinées d'Arthur, l'élu, celui que Dieu a choisi pour répandre Justice et paix à travers le monde.
Auparavant, ce dernier doit sortir vainqueur d'une épreuve : arracher de son socle l'épée magique, Excalibur ! Ainsi débute la merveilleuse épopée du roi Arthur et de ses compagnons, les chevaliers de la Table Ronde. Une aventure exaltante, puisée aux sources de la tradition européenne, mêlant histoire et mythologie, et dont l'ultime ressort reste la quête du Graal.

Mon avis :

De la naissance du peuple breton, 4.000 ans après la création du monde (selon la Bible) jusqu'à la jeunesse d'Arthur, en passant par la véritable histoire du Graal, la naissance de Merlin et le règne d'Uther Pendragon, tel est le menu de la Naissance du roi Arthur, premier tome du cycle du Graal, qui compte huit volumes.

En écrivant ces romans, Jean Markale n'a pas l'ambition d'écrire "sa" version de la quête du Graal, mais au contraire de rester au plus près du mythe original. Il a effectué un impressionnant travail de compilation de textes latins, anglais, occitans, italiens, allemands et même scandinaves, s'étalant du XIe au XVe siècle afin de proposer, en français moderne et accessible à tous, le mythe du Graal dans son intégralité. Le résultat tient autant de l'essai que du roman et ressemble à un recueil de contes qui suivrait un fil directeur.

Comme tout le monde, je connaissais Arthur, Merlin, la Table ronde, Excalibur, le Graal... mais sans les connaitre vraiment, tant il existe de versions du mythe arthurien. De mon expérience personnelle, je l'ai découvert chez Chrétien de Troyes, Stephen Lawhead, Bernard Cornwell et Barjavel (sans parler du cinéma ou de la série Kaamelott !), et chacun de ces auteurs se l'est approprié d'une façon bien personnelle. Même Jean Markale, en se cantonnant aux textes médiévaux, a parfois dû faire des choix difficiles entre plusieurs versions, parfois contradictoires, de certains épisodes du mythe.

Rien que pour ce travail de recherche que je devine titanesque, l'auteur mérite tout mon respect. Mais le meilleur, c'est que le livre est sacrément plaisant à lire ! J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la légende, dans sa version originale. J'étais parfois en terrain connu, mais plus souvent encore j'ai été de surprises en surprises. Visiter la mythique Bretagne avec ses dragons, ses géants ses chevaliers et sa magie omniprésente a été un véritable régal.

Ce premier tome n'est qu'une mise en bouche et le titre des suivants sont très appétissants. Le prochain s'intitule "Les Chevaliers de la Table ronde". J'ai hâte !

14 septembre 2019

Les Semeurs de glace - Paul d'Ivoi

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Quatrième de couverture :

À la Martinique, Jean, un jeune ingénieur français, va enfin réaliser son rêve : voir le fameux mont Pelé. Mais une fois arrivé aux abords du volcan, il est témoin d'un évènement stupéfiant : un homme, Olivio de Avarca, projette de faire exploser la montagne !...
Dans la maison où il se réfugie, Jean constate avec effroi que ses occupants sont plongés dans un profond sommeil... Il a juste le temps d'enlever une ravissante jeune fille.
Que signifient ces phénomènes troublants ? Pourquoi la terre est-elle recouverte de neige à la suite du cataclysme ? Jean saura-t-il percer tous ces mystères ?

Mon avis :

L'histoire débute en Martinique. Jean, un jeune ingénieur français, souhaite voir de près le fameux mont Pelé. Sur place, il surprend des bandits menés par un certain Olivio de Avarca. Ce dernier projette de faire sauter le volcan ! Le pauvre Jean se fait capturer, mais parvient à s'échapper juste avant la catastrophe. Pendant l'éruption, qui dévaste la rêgion, il réussit à sauver Stella, une jeune femme qui se trouve être la fille d'un scientifique assassiné par le sinistre Olivio. Jean accepte de l'aider à se venger, et pour cela, ils devront se rendre au Brésil.

Au Brésil, oui, car il sera également question d'une prophétie Inca, d'un trésor et d'une sœur prêtresse du soleil à sauver d'un sacrifice. Un peu confus n'est-ce pas ? Et encore je ne vous ai pas parlé des deux pères adoptifs de Jean, ni des quatres aventuriers' deux marseillais et deux canadiens, également à la poursuite de la prêtresse inca. Et dire que je n'ai pas non plus parlé des capsules de verres capables de générer un froid intense, inventées par le père de Stella et dérobées par Olivio !

Avec sa profusion de personnages et de sous-intrigues, les Semeurs de glace souffre de gros problèmes de rythme et de structure. Paul d'Ivoi préfère s'attarder sur les passages humoristiques plutôt que sur l'aventure. Certains moments, bien trop long, ne sont que prétextes à des quiproquos digne d'un théâtre de boulevard , tandis qu'ailleurs, l'auteur nous résume trois mois de voyage dans la jungle en deux petites pages. C'est très frustrant, parce que c'est justement cela que j'aurais aimé lire !

J'ai déjà parlé de la pléthore de personnages, mais j'ai omit de dire que la plupart avaient des accents caricaturaux. Entre oun italiano qui parla commé zéla, un marseillais avé l'assent pitchoun ! un anglais so british, des nègres qui parler piti nègue, ti comprendre mi, massa ? C'est une vraie tour de Babel, là dedans, et certains dialogues en deviennent particulièrement pénibles à déchiffrer !

Malgré tout, le roman a des côtés plaisants. Il y a quand même de l'aventure, si l'on gratte un peu, avec son lot de péripéties et d'exotisme. Les personnages sont pittoresques et attachants, si on fait abstraction des accents insupportables. La science-fiction est moins présente que dans le Docteur Mystère, mais elle repose sur des bases scientifiques plus crédibles. Et enfin, le texte est illustré de magnifiques gravures. J'oserais même dire qu'elles sont bien plus belles que celles des roman de Jules Verne (et cela me coûte de le reconnaître !).

Néanmoins, les Semeurs de glace cumule trop de défauts pour être une lecture plaisante. Dans la série des Voyages excentriques, vous pouvez l'oublier sans regret. J'ai largement préféré le Docteur Mystère.

 

11 septembre 2019

Cristal qui songe (The Dreaming Jewels) - Theodore Sturgeon

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Quatrième de couverture :

Lorsqu'il est renvoyé de l'école, à l'âge de huit ans, cela fait déjà plusieurs années que Horty mange des fourmis en cachette.
Fuyant alors la demeure de ses parents adoptifs qui le martyrisent, le gamin trouve refuge au sein d'un cirque ambulant où il devient le partenaire de deux jeunes naines, Zena et Bunny.
Mais les personnages les plus extra-ordinaires du cirque restent son féroce directeur, surnommé le Cannibale, et son étrange collection de cristaux : des cristaux qui peuvent gémir et semblent toujours plongés dans un rêve minéral.

Mon avis :

Le jeune Horton n'a que huit ans lorsqu'il est renvoyé de l'école parce qu'on l'a surpris en train de manger des fourmis. Furieux, son père adoptif veut l'enfermer dans un placard et lui claque la porte sur la main. L'enfant perdra trois doigts. Peu après, Horton s'enfuit, avec son jouet Junky pour tout bagage, et est rapidement recueilli par La Havane, Zena et Bunny, trois nains travaillant dans un cirque itinérant sous les ordres du misanthrope Pierre Ganneval, que tout le monde appelle le Cannibale. C'est une nouvelle vie qui commence.
Passée cette introduction qui pourrait faire penser à du Dickens ou à Rémi sans famille, l'ambiance change subtilement lorsque l'auteur commence à nous parler de cristaux aux pouvoirs étranges, que je me garderais bien de dévoiler...

Cristal qui songe est le genre de roman qu'on ne lâche plus une fois ouvert. L'intrigue est à la fois simple à suivre, mais complexe dans son développement. Inclassable, le texte est aux frontières du fantastique et de la science-fiction. Fantastique de part son ambiance sombre et son cirque avec ses monstres de foires, mais science-fiction de par la nature des cristaux et tout ce qu'ils impliquent. Theodore Sturgeon développe des thèmes qui lui sont chers : l'enfance, la diffêrence, le rapport entre le corps et l'esprit...

Tous les personnages sont attachants. Les mystères qui entourent Horton, Ganneval et Zena sont captivants, et la troupe des freaks est tantôt touchante tantôt effrayante. Écrit dans les années 50, le texte a très bien vieilli et se révèle bien plus subtil que nombres d'œuvres plus récentes. Par exemple, Sturgeon explore l'idée que les plus humains ne sont pas forcément ceux qu'on pensent mais, alors qu'on pourrait s'attendre à un vieux cliché, l'auteur le fait avec tant de brio qu'il parvient à nous surprendre malgré tout.

Cristal qui songe est un très beau roman, à lire que vous soyez amateur de fantastique, de science-fiction ou tout simplement de bonnes histoires.

06 septembre 2019

Hors jeu - Enki Bilal & Patrick Cauvin

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Quatrième de couverture :

C'est en 075 que les instances dirigeantes décidèrent de supprimer le ballon. À partir de cet instant, la pénétration du joueur lui-même dans la cage compta pour un but... Le nom de "foot-ball" disparut : il ne convenait plus à ce nouveau jeu... Je dois être l'un des derniers à m'en souvenir... Dommage... Ce fut un bien beau sport...

Mon avis :

Le foot est mort. Vive le foot !
Dans Hors Jeu, livre qui de l'extérieur ressemble à une bande dessinée sans en être une, Patrick Cauvin, au scénario, et Enki Bilal, au dessin, nous racontent la mort du ballon rond, dans un futur qu'on devine pas très gai.

L'histoire nous est contée par Stan Skavelicz, vieux commentateur sportif à la retraite. Il est contacté par une chaine de télévision désirant produire un reportage nécrologique sur le football. Stan va fouiller dans ses archives et exhumer une série de clichés illustrant des personnalités ou des moments clés de l'histoire de ce sport. Les clichés sont des illustrations pleine page de Bilal au style si particulier, que personnellement j'adore, et chaque illustration est accompagnée d'une page de texte.

Personnellement, je ne suis pas un mordu de football, loin s'en faut. Mais en tant qu'amateur de science-fiction, je trouve ce livre passionnant. Cauvin raconte la transformation progressive du foot, passant de sport à sport-spectacle (ce qui est déjà un peu le cas) de plus en plus spectaculaire et violent ; la main mise des sponsors (ce qui est déjà beaucoup le cas), les équipes nationales se faisant progressivement remplacer par des équipes privées ; la violence exacerbée des supporters, les magouilles financières, etc.
Un futur tout en nuances de gris très foncés, pas très réjouissant, certes, mais bien écrit et superbement illustré.

Une curiosité à lire, et pas seulement par les passionnés du ballon rond.

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