La Bibliothèque de Loki

07 décembre 2019

10.000 jours pour l'humanité - Jean-Michel Riou

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Quatrième de couverture :

Et si Jules Verne avait laissé un manuscrit inédit ?
Une comète fonce vers la Terre, que vont faire les hommes ? S'entredéchirer ou sauver la planète ?
Elizabeth Storm, jeune et jolie scientifique, et Pierre Lefranc, fougueux journaliste au Petit Journal, pensent la deuxième option probable. La croisade débute : on n'échappera à l'astéroïde Wildcat, six cent kilomètres de diamètre, qui s'approche inéluctablement et menace de détruire la planète, qu'en construisant des cités souterraines dans le cocon maternel de la vie : la Terre. Il s'agit d'abriter un milliard quatre cents millions de Terriens. Un défi titanesque qui oblige à repenser la société.
Les hommes relèvent le gant. Et tout change : travail, argent, propriété, lutte des classes, profit. Ce monde en train de naître pourrait être meilleur que le précédent, d'autant que de formidables inventions voient le jour : énergie propre, transport express par champ électromagnétique, cinéma, téléphone, transmission de la voix et de l'image à distance, recyclage de l'eau, des déchets, alimentation à base d'insectes. Le monde s'en sortira-t-il ?
C'est l'enjeu de ce roman ou le bien et le mal s'affrontent car tous ne sont pas d'accord pour sauver l'Humanité au prix de tant de bouleversements. Et si certains voulaient en profiter ? Voire pire ?

Mon avis :

Le 1er juin 1890, plusieurs astronomes de par le monde découvrent qu'une météorite dont ils ignoraient jusqu'alors l'existence se dirige lentement, mais sûrement, vers la Terre. 10.000 jours, soit une trentaine d'années, c'est l'estimation du temps qu'il reste à l'humanité avant un impact dévastateur qui détruira le monde. Quand tout espoir semble perdu, miss Elizabeth Storm a une idée. Un projet audacieux, certains diront irréaliste, qui ne pourra fonctionner que si toute l'humanité travaille ensemble. Un homme, lord Pearson, croit en ce projet pharaonique et fonde l'Entreprise Pacifique afin de le mener à bien. Dès lors, tout semble possible...

« Le roman caché de Jules Verne. » Avec une telle accroche, et une couverture rappelant les Voyages Extraordinaires, mon cœur de fan était forcé de fondre ! L'idée de Jean-Michel Riou est de nous présenter ce roman comme si il avait été un roman de Jules Verne perdu, et récemment retrouvé. Une idée pas si folle que cela, puisqu'un tel cas s'est déjà produit : Paris au XXe siècle, un texte retrouvé dans un coffre qui ne fut publié qu'en 1994.

La grande question : Est-ce qu'on y croit ? Dans les première pages, l'illusion fonctionne. L'auteur rend hommage au style particulier de Jules Verne, avec des tournures de phrases et un vocabulaire qui lui ressemblent. Même au niveau des dialogues, on pourrait y croire. Mais cela ne dure q'un temps. Plus on avance dans le roman, moins Jean-Michel Riou fait d'effort de style. Et beaucoup de détails rappellent que le texte a été écrit au 21e siècle.

Pour ne prendre qu'un exemple qui ne dévoile rien de l'intrigue : le traitement des avions. À un moment, Jean-Michel Riou introduit le personnage de Clément Ader comme génial inventeur de plusieurs avions révolutionnaires. Si le texte avait été écrit par Jules Verne pour un public du 19e siècle, ces inventions seraient suffisamment fantastiques pour être le sujet central du roman(1). Pour Riou, elles ne sont qu'un moyen pratique d'emmener des personnages rapidement d'un point A à un point B.

Un dernier point qui fait que, décidément, le coup du roman perdu ne fonctionne pas à mes yeux, est le fait que Jules Verne apparaisse en temps que personnage de l'histoire. Le prétexte à cette mise en scène est expliqué en introduction dans une fausse lettre par Pierre-Jules Hetzel, son éditeur. D'après lui, les lecteurs ne pourrait admettre qu'une histoire aussi critique envers les progrès de la science soit bien de Jules Verne que si il se mettait en scène au sein de celle-ci. Un argument plutôt fumeux, je trouve, quand on connait la bibliographie de l'auteur sur ses dernières années.

Bref, plutôt qu'un pseudo roman caché, je préfère considérer ce roman pour ce qu'il est vraiment, un hommage de Jean-Michel Riou à Jules Verne, dont il s'approprie le style et les thématiques pour y ajouter sa propre patte. Considéré ainsi, et pas autrement, c'est plutôt réussi.

Mais si j'ai beaucoup parlé jusqu'ici de son côté « exercice de style », qu'ai-je pensé du roman en lui-même ? Et bien, c'est plutôt une déception. Les cent premières pages sont très bonnes, elles posent les bases d'une bonne intrigue et sont très prometteuses. L'idée d'un grand méchant qui trompe le monde entier en se faisant passer pour le sauveur de l'humanité est excellente. Le problème vient des gentils, qui n'ont pour seul objectif que de prouver au monde entier que Pearson est maléfique. Sauf que c'est un but sans importance. Connaitre la vérité ne sauvera pas le monde étant donné que les héros ne propose pas de meilleure alternative. Difficile, dans ces conditions, d'avoir envie de les soutenir.

Du coup, les trois cent pages centrales m'ont paru bien longues ... Cela s'accélère dans les cent dernières, avec une accumulation de scènes d'action qui tentent de faire oublier la vanité de la quête des héros. Et pour finir, l'auteur se dépatouille de cette situation inextricable avec un bon gros deus ex machina sorti de nulle part je ne peux m'empêcher de penser, même si c'est un peu facile, que si Jules Verne avait réellement écrit cette histoire, il aurait su la conclure d'une meilleure façon !

Bref, malgré de bonnes idées et sans doute les meilleures intentions de son auteur, 10.000 jours pour l'humanité n'est pas la bonne surprise que j'attendais.

 

1 : Ce qu'il fit dans "Robur-le-Conquérant" et sa suite, "Maître du monde", deux Voyages Extraordinaires dont je recommande chaudement la lecture.


De Soie et de sang (Red Mandarin Dress) - Xiaolong Qiu

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Quatrième de couverture :

Impossible d'étouffer l'affaire : la deuxième victime a été trouvée ce matin, en plein centre-ville. Même mise en scène que pour la première : robe de soie rouge, pieds nus, jupe relevée, pas de sous-vêtement. Le tueur signe son œuvre avec audace et la presse s'en régale. C'est ce qui inquiète l'inspecteur Chen : pour s'exposer si dangereusement, le coupable doit avoir un plan diabolique...

Mon avis :

Un tueur en série sévit à Shanghaï ! Des cadavres de femmes vêtues d'un qipao rouge – une robe traditionnelle chinoise – sont retrouvés au quatre coins de la ville, toujours dans des lieux très fréquentés, comme si l'assassin cherchait à narguer la police. C'en est trop pour le secrétaire du Parti Li qui charge les inspecteurs Yu et Liao, et bien sûr l'inspecteur principal Chen, de le retrouver au plus vite.

Les enquêtes de l'inspecteur Chen sont comme de bons plats de cuisine traditionnelle. On retrouve une base connue, avec de tomes en tomes les mêmes ingrédients, mais Qiu Xiaolong parvient à ne pas lasser le lecteur en les accommodant chaque fois d'une façon différente. J'ai trouvé le dosage des divers éléments très bon. Les références poétiques sont toujours présentes, mais moins nombreuses, et la politique passe en second plan derrière la psychologie.

L'auteur continue de développer l'univers autour de son héros. J'ai retrouvé avec plaisir de nombreux personnages secondaires que j'ai appris à connaitre et apprécier au fil des livres. Cette fois, c'est Nuage Blanc, la jeune étudiante qui travaillait au club de karaoké, qui se taille la part du lion. Peut-être un début d'idylle avec l'inspecteur en perspective ?
Quant à l'histoire, elle est vraiment prenante et se conclut d'une brillante manière. Sans spoiler, je veux juste dire que j'ai adoré le face à face final.

À mes yeux la meilleure enquête de l'inspecteur Chen depuis le début de la série.

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17 novembre 2019

Le Cycle du Graal, tome 3 : Lancelot du Lac - Jean Markale

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Quatrième de couverture :

Fils de roi sans le savoir, Lancelot ne cesse de provoquer le destin, héros auréolé de gloire et par-dessus tout aimé des femmes.
Viviane, d'abord, la Dame du Lac, qui le soustrait à sa mère dès sa plus tendre enfance pour l'élever dans son palais de cristal. Mais n'est-ce pas pour en faire le meilleur chevalier du monde ? Morgane, sulfureuse et féérique, qui voit en lui le seul à pouvoir apaiser ses passions. Las ! S'il doit conquérir le monde, ce n'est pas pour elle ! C'est pour Guenièvre, l'Elue, l'épouse du roi Arthur. Déchiré entre son désir de pureté et sa folle passion pour la reine, Lancelot court monts et merveilles pour cette femme sans égale.
Mais s'il génère des prouesses, ce service d'amour n'est-il pas aussi sacrilège ? Le plus éblouissant de tous, Lancelot peut-il combattre les élans de son cœur ? Guenièvre ou le Graal ? L'amour fou ou l'amour sacré ? Le choix est périlleux.

Mon avis :

Jean Markale, dans le troisième volume de son Cycle du Graal, continue son travail de reconstitution du mythe d'après les nombreuses sources médiévales européennes. Après Merlin, Arthur, et les premiers chevaliers de la Table Ronde, ce tome est consacré au plus célèbre d'entre eux : Lancelot du Lac.

Contrairement au deux précédents livres qui avaient plusieurs tête d'affiche, dans celui-ci, Lancelot est le héros de toutes les histoires. Les autres personnages d'importance sont soit des alliés (Gauvain, Galehot), soit des adversaires (Méléagant), soit les femmes, éléments essentiels et formateur du héros. Viviane, tout d'abord, qui sera sa mère de substitution, puis Guenièvre, son amour interdit, et enfin Morgane, qui voit en lui un instrument de pouvoir.

Dans la parfaite lignée de la série, ce tome en conserve les défauts et les qualités. Malgré son héros unique, et le travail d'unification de Jean Markale, j'ai toujours plus l'impression de lire un recueil de contes d'origines diverses qu'un roman. Il y a quelque bizarrerie de continuité, notamment. L'exemple le plus frappant sont les deux chapitres qui se concluent sur l'amitié entre Lancelot et Galehot, et qui font de ce dernier le compagnon d'arme officiel du héros. Pourtant Galehot est absent des chapitres suivants, et ne réapparaitra qu'à la toute fin pour un rôle mineur (essentiel néanmoins, mais je n'en dirais pas plus).

Néanmoins, la lecture reste agréable et c'est toujours un plaisir de découvrir le mythe arthurien au plus près de ses origines. La fin donne très envie de lire rapidement la suite, surtout quand on en connait le titre : La Fée Morgane.

12 novembre 2019

Les Voies d'Anubis (The Anubis Gates) - Tim Powers

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Quatrième de couverture :

Lorsque le professeur Brendan Doyle accepte de donner une conférence sur le poète anglais Coleridge, il est loin d'imaginer qu'il ne va pas tarder à le rencontrer en personne... en 1810 ! Car après avoir accepté l'offre d'un millionnaire ayant percé les mystères du voyage dans le temps, le voilà plongé dans une aventure rocambolesque, traversant un Londres peuplé de bohémiens, de mendiants douteux et de sorciers terrifiants, tel ce clown macabre qui règne sur le monde souterrain. Et pour couronner le tout, Doyle ne peut revenir à son époque, à moins de déjouer les plans malfaisants de mages égyptiens qui veulent ramener leurs anciens dieux à la vie. Mais osera-t-il prendre le risque de changer le cours de l'Histoire ?

Mon avis :

En 1983, Brendan Doyle, professeur californien spécialiste en poésie anglaise, est engagé par le milliardaire J. Cochran Darrow pour une mission très spéciale : accompagner un groupe de millionnaires ayant payé une fortune pour un voyage temporel au début du 19ème siècle afin d'assister à une conférence du poète Coleridge. Ce voyage extraordinaire se déroulera sans accrocs, mais au moment du tetour, Doyle se fait enlever par un mystérieux bohémien et se retrouve coincé à Londres en 1810.

Auréolé de sa réputation de précurseur du courant steampunk, je m'attendais à lire un roman de science-fiction, et les premières pages annonçant une histoire de voyage dans le temps me confortaient dans cette idée. Pourtant, vous ne trouverez aucune trace d'uchronie ni de machines à vapeur délirantes dans les pages de ce roman. Si Les Voies d'Anubis contient bien les germes du steampunk, il reste tout de même bien loin des canons du genre. En fait, il se rattache plus au fantastique qu'à la science-fiction, et m'a beaucoup fait penser au Jonathan Strange et Mr Norrell de Susanna Clarke. Vingt ans avant cette dernière, Tim Powers décrivait déjà une Angleterre pré-victorienne où la magie existe et est plutôt puissante, à la différence notable que, chez l'auteur américain, les sorciers agissent dans l'ombre.

Il sera donc beaucoup question de sorcellerie, de créatures magiques et de sociétés secrètes, le tout dans un décor des plus appropriés. Tim Powers fait véritablement montre d'érudition dans la description des lieux et des hommes du Londres de cette époque. L'auteur use du voyage dans le temps pour réinterpréter l'Histoire avec un grand H. Mais, comme je le disais plus haut, il ne s'agit pas d'une uchronie. Powers respecte scrupuleusement les faits historiques, simplement, il en donne sa version... et cela promet quelques surprises !

Le roman est découpé en deux parties intitulées respectivement "Le Visage sous la fourrure" et "Les Douze heures de la nuit". J'ai beaucoup aimé la première. On y découvre un univers fantastique en compagnie d'un héros, Brendan Doyle, qui n'a rien d'héroïque, justement. Brendan est un homme normal qui se retrouve embringué dans une aventure qui le dépasse totalement. Seule sa culture et sa connaissance des évènements à venir lui permettent de garder la tête hors de l'eau, mais le pauvre subit beaucoup de revers. Tim Powers multiplie les personnages, les intrigues et accumule les références historiques, mais le rythme est bon et prenant, jusqu'à un cliffhanger de mi-roman absolument génial.

J'ai eu beaucoup plus de mal avec la seconde partie. L'auteur a lancé tant d'intrigues dans la première que l'obligation de les conclure toutes dans la seconde plombe le rythme. J'ai notamment trouvé toute l'histoire concernant Joe Face-de-chien et Darrow inutilement longue et répétitive. De plus, les nombreuses histoires d'identités multiples et de clones rendent certains passages très confus. Je me suis souvent retrouvé à lire plusieurs paragraphes, voire plusieurs pages, avant de comprendre quel personnage j'étais en train de suivre. Bref, cette seconde partie a été par moment assez pénible à lire. Heureusement, le chapitre de conclusion est magnifique et a récompensé mes efforts.

Malgré tout, à cause de ses problèmes de rythme, je ne peux m'empêcher de ressortir déçu de cette lecture.

04 novembre 2019

Les Annales du Disque-Monde, tome 24 : Carpe jugulum - Terry Pratchett

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Quatrième de couverture :

Jour de fête au pays de Lancre : Vérence (ex-membre de la Guilde des Fous) et Magrat (ex-sorcière), le couple royal, vont baptiser leur petite fille. Vérence a invité bon nombre de familles nobles du coin mais il a commis une erreur de taille en conviant les Margopyr, vieille famille de vampyres du royaume voisin. Lassés de leur vieux château, ces vampyres amateurs de vin rouge ont bien l'intention de s'installer à demeure à Lancre. Les sorcières Mémé, Nounou et Agnès sont décidées à leur faire la peau. Mais comment combattre des vampyres qui mangent des petits fours à l'ail et se baignent dans l'eau bénite ?

Mon avis :

En l'honneur du baptême de leur fille, Vérence et Magrat, le couple royal de Lancre, organisent une grande fête où sont conviés les familles nobles du coin, y compris les Margopyr d'Uberwald. Une très mauvaise idée, car ces derniers sont des vampires ! Et une fois qu'on les a invité chez soi, il est très difficile de s'en débarrasser. Heureusement, les sorcières veillent au grain. Mais il se pourrait bien qu'elles affrontent là leurs plus terribles adversaires.

Ainsi débute « Carpe jugulum », sixième aventure des sorcières du Disque-Monde... et qu'est-ce que c'était bien ! On peut être triste, car il s'agit hélas du dernier roman du cycle à être consacré aux sorcières, mais je préfère me réjouir car, comme les cinq précédents, il est excellent.

On retrouve donc l'inoxydable Esméralda Ciredutemps, l'incorrigible Gytha Ogg, Agnès Créttine et Perdita, sa seconde personnalité, ainsi que la reine Magrat Goussedail qui n'hésitera pas à troquer temporairement sa couronne contre un chapeau de sorcière, le temps de bouter du vampire hors de Lancre. D'ailleurs, au lieu de vampire, je devrait plutôt écrire vampyre, comme ils veulent être appelés. Faisant fi des anciennes superstitions, ils sont bien plus puissants que les suceurs de sang traditionnels, et on se demande jusqu'au bout comment les sorcières vont parvenir à les repousser.

Du côté des nouvelles têtes, les Margopyr forment une famille dysfonctionnelle tordante, et leur domestique Igor a bien du mal à se faire aux idées modernistes de ses maîtres. J'ai beaucoup aimé également le prêtre Rudement Lavoine. Terry Pratchett fait partie de ces rares auteurs capable de rendre drôle un personnage qui se définit lui-même comme l'ennui incarné ! Drôle et intéressant, car les dialogues entre le prêtre et Mémé Ciredutemps seront l'occasion pour l'auteur de nous servir quelques réflexions bien senties sur la religion.
J'ai été moins convaincus par les Nac Mac Feegles, un peuple de pixies aux répliques qui ralentissent la lecture tant elles sont ardues à décrypter. Mais c'est bien la seule fausse note que je trouve à ce roman.

Un baroud d'honneur réussi pour les sorcières les plus bath de la littérature anglaise !


29 octobre 2019

Le Très corruptible mandarin (Red Rats, a Case of Two Cities) - Xiaolong Qiu

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Quatrième de couverture :

À Shanghaï, le policier qui enquêtait sur Xing Xing, un puissant cadre du Parti suspecté de corruption, est retrouvé assassiné. Difficile de s'opposer aux nouveaux « mandarins » de la Chine post-communiste...
Le camarade inspecteur Chen, poète et idéaliste, se plonge dans les méandres d'un système de passe-droits tentaculaire, remontant les filières des magnats rouges jusqu'au pays de l'Oncle Sam...

Mon avis :

L'inspecteur principal Chen Cao est chargé par le comité de discipline du Parti d'enquêter sur Xing, un cadre du Parti suspecté de corruption qui a demandé l'asile politique aux États-Unis. Une enquête à haut risque : le précédent policier chargé de l'affaire a été retrouvé mort dans des circonstances troublantes...

Comme dans Visa pour Shanghaï, qui opposait l'inspecteur aux triades, la vie de Chen sera directement menacée, et même si cette fois ses adversaires sont en col blanc, ils n'en sont que plus dangereux car bénéficiant de soutiens puissants et haut placés. J'ai aimé la tension et le sentiment d'insécurité permanent, mais j'ai été un peu déçu par la moindre place accordée aux petites gens et à la description de leur mode de vie. La politique et l'économie, qui ont toujours eu une grande place dans la série, sont ici plus omniprésentes que jamais.

Quant à la fin, elle est abrupte et me gène un peu. Même si elle est logique, elle laisse un sentiment d'inachevé assez désagréable. Il y a toutefois du bon dans ces dernières pages : l'inspecteur Chen, apparemment aussi déçu que moi de la conclusion de l'enquête, semble prendre quelques résolutions. Cela augure un intéressant changement de caractère du personnage pour les prochains tomes.

J'ai moins apprécié cette enquête que les précédentes, mais l'attachement aux personnages fait que la lecture reste malgré tout un plaisir et donne envie de continuer la série.

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23 octobre 2019

Le Cycle du Graal, tome 2 : Les Chevaliers de la Table Ronde - Jean Markale

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Quatrième de couverture :

Seul, il a réussi à soulever Excalibur, à brandir l'épée magique, gage et symbole de sa souveraineté. Il doit maintenant affermir son pouvoir, conquérir son royaume. Reconnu par Dieu et les puissances surnaturelles, Arthur ne l'est pas encore par les seigneurs de l'île de Bretagne. Mais Merlin, faiseur de sortilèges, veille et continue, pour lui, à agir dans l'ombre. Le roi, grâce aux dons extralucides de son mentor, deviendra le pivot « inspiré » de « La Table Ronde », société idéale qui est en train de naître. Avec l'aide de ses « compagnons-chevaliers » qu'elle rassemble autour de lui pour assurer la permanence et l'équilibre d'un monde nouveau, il va pouvoir désormais affronter les obstacles, défaire ses ennemis.
Pourra-t-il cependant, de manière durable, faire triompher le bien, mener à terme sa mission, s'opposer en toutes circonstances au déroulement tortueux de la fatalité ? Oui, si Merlin le veut. Encore faudrait-il, pour cela, que des forces contraires ne viennent pas bouleverser le grand œuvre de celui sans lequel rien ne serait jamais arriver...

Mon avis :

La Naissance du roi Arthur, le tome précédent, se terminait avec Arthur brandissant Excalibur hors du rocher et devenant, de ce fait, roi de Bretagne. La pilule est dure à avaler pour les autres seigneurs, qui n'admettent pas qu' un simple bâtard les dirigent. Car seul Merlin connait les véritables origines d'Arthur, ce dernier les ignorant lui-même. Arthur devra donc, dans un premier temps, accomplir de grandes prouesses afin de légitimer sa place et dans un second, rétablir la Table Ronde.

Puis on passe en revue les exploits de plusieurs chevaliers. Certains connus, tels Gauvain ou Tristan, et d'autres beaucoup moins, comme Kilourh, le Bel Inconnu ou encore Balin. À ce propos, j'ai longtemps pensé qu'il n'y avait que douze chevaliers à la Table Ronde, mais Jean Markale m'apprend que leur nombre n'a jamais véritablement été établi et varie d'un auteur à l'autre, montant jusqu'à cent cinquante dans certaines versions.

Ce second tome est dans la parfaite lignée du premier. Il n'a aucune raison de déplaire à ceux qui ont apprécié ce dernier, mais de la même façon, si vous n'avez pas aimé le premier tome, il est inutile de continuer la série en espérant un changement. La juxtaposition des différentes histoires forme une sorte de patchwork, et pourtant un grand plan se dessine déjà. Les germes d'évènements à venir sont semés, avec la naissance de Lancelot et Mordred ou les exploits de Balin qui sont directement liés à la future quête du Graal.

Beaucoup d'histoires tournent autour d'exploits martiaux, contre des guerriers maléfiques, des géants, des dragons ou d'autres créatures fantastiques, mais d'autres s'en éloignent, comme la relation entre Merlin et Viviane, la Dame du Lac, ou encore Tristan et Iseult. Un conte que je croyais connaître et en fait non. Le final m'a surpris, très drôle mais à la moralité douteuse.

C'est toujours un plaisir de découvrir la légende dans sa version primitive et j'ai hâte d'en connaitre la suite dans les prochains tomes.

20 octobre 2019

L'Aliéniste (The Alienist) - Caleb Carr

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Quatrième de couverture :

New York 1896... Un meurtrier auprès duquel jack l'Éventreur fait piètre figure sème aux quatre coins du Lower East Side les cadavres d'adolescents atrocement mutilés sans provoquer la moindre réaction des pouvoirs publics... Révolté par tant d'indifférence, Theodore Roosevelt, alors préfet, fait appel à ses amis John Schuyler Moore, chroniqueur criminel, et Laszlo Kreizler, aliéniste spécialiste des maladies mentales -, pour élucider cette énigme terrifiante. Leurs procédés sont révolutionnaires ! En étudiant les crimes, ils pensent pouvoir brosser le portrait psychologique de l'assassin, l'identifier et l'arrêter. Ils ont peu de temps : le meurtrier continue à frapper. Les obstacles se multiplient mais rien ne pourra les arrêter...

Mon avis :

New York 1896. On retrouve le cadavre d'un enfant atrocement mutilé dans le Lower East Side. Theodore Roosevelt, alors préfet et en lutte contre la corruption qui gangrène la police, est révolté. Car la mort d'un enfant pauvre, prostitué et homosexuel de surcroit, ne provoque que de l'indifférence parmi les policiers. Roosevelt monte alors une équipe spéciale, composée d'un journaliste, d'un aliéniste, d'un criminaliste, d'un médecin légiste et d'une policière qui rêve de devenir la première femme officier. Ensemble, il vont mener une enquête d'un genre nouveau, en tentant de brosser le portrait psychologique du meurtrier.

J'avais entendu beaucoup de bien de ce roman policier et sa réputation n'est las usurpée. Un chef-d'œuvre, n'ayons pas peur des mots ! Un scénario au suspens haletant, des personnages bien campés, une écriture soignée... Caleb Carr nous propose une reconstruction historique de New York vivante et documentee. Le même soin est apporté à la présentation des techniques policières les plus novatrices de l'époque. L'enquête est rythmée par des phases de brainstorming absolument passionnantes, entrecoupée de rebondissements et de scènes d'action qui nous maintiennent constamment en alerte. J'ai été pris dès les premières pages et embarqué jusqu'à une fin qui ne m'a pas déçu.

Je suis rarement aussi dithyrambique lors d'une critique, mais ce roman le mérite amplement. Coup de cœur !

13 octobre 2019

Sept ans d'aventures au Tibet (Sieben Jahre in Tibet) - Heinrich Harrer

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Quatrième de couverture :

Trois évasions en Inde pendant la Seconde Guerre mondiale, deux traversées de I'Himalaya, une marche interminable sur les hauts plateaux désolés du Changtang... Cinq ans de séjour à Lhassa, la ville interdite, où Harrer devient le confident et le professeur de l'actuel dalaï-lama alors un adolescent.
Une aventure, oui, mais aussi une quête rédemptrice, qui va faire de l'ancien moniteur autrichien de l'entre-deux-guerres, inscrit aux SS, le défenseur des peuples opprimés. À commencer par celui du Tibet, ce « Toit-du-monde » où Harrer a trouvé son salut et qu'il considère comme sa vraie « terre natale ».

Mon avis :

En 1939, la guerre éclate en Europe. Heinrich Harrer, qui faisait partie d'une expédition allemande de reconnaissance au Nanga Parnat, dans l'Himalaya, se fait arrêter par la police pakistanaise, avant d'être transféré dans une prison en Inde. Mais l'alpiniste autrichien a déjà en tête un projet d'évasion. Après plusieurs tentatives infructueuses, il parvient à quitter le pays pour se rendre au Tibet. Mais ce n'est que le début du voyage...

Sept ans d'aventures au Tibet est un récit autobiographique. Si dans la forme, c'est un roman, dans le fond il se rapproche plutôt d'un documentaire. Le style est un peu plat. Heinrich Harrer reste factuel et passe trop rapidement d'une anecdote à l'autre. C'est assez frustrant par moment, mais c'est amplement compensé par la beauté de l'histoire. Celle d'une très belle aventure humaine, et la découverte d'un pays et d'une culture résolument anachroniques, en ce milieu de XXe siècle.

L'auteur parvient à nous transmettre les raisons de son amour pour ce pays. C'est une belle façon de découvrir le Tibet.

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10 octobre 2019

Les Annales du Disque-Monde, tome 22 : Le Dernier continent (The Last Continent) - Terry Pratchett

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Quatrième de couverture :

Rincevent a trouvé le moyen de se perdre au milieu d'un désert, sur le Dernier continent du Disque-Monde... Il fait chaud, pas une goutte de pluie à l'horizon et la nature est hostile. Et puis, que lui veut ce kangourou bizarre qui parle ? Rincevent, pro de la fuite en toute circonstance est bien coincé. Et il ne sait pas encore que l'Université de l'Invisible le recherche d'urgence car la panique y est à son comble : le bibliothécaire est atteint d'une maladie étrange et ne peut plus assurer la garde des ouvrages de magie...

Mon avis :

Le bibliothécaire de l'Université Invisible d'Ankh-Morpock est un oran-outang, mais cela n'a pas toujours été le cas. À la base, il s'agit d'un humain magiquement transformé en primate. Mais c'était il y a bien longtemps, et plus personne ne sait comment il s'appelait alors. Personne sauf Rincevent. Or, le bibliothécaire est tombé malade et pour le soigner, il faut connaître son nom. Il est urgent de retrouver Rincevent, mais ce dernier est perdu sur un autre continent, à l'autre bout du Disque-Monde. Le retrouver ne sera pas une mince affaire...

Souvenez-vous : à la fin de l'excellent Les Tribulations d'un mage en Aurient, Rincevent avait été téléporté par erreur dans un pays nommé XXXX sur la carte, car personne ne savait comment l'appeler. Iksiksiksiks (ou Quatriks, c'est selon) c'est l'Australie, mais vue à travers un prisme déformant, comme Terry Pratchett sait si bien le faire. On en retrouve tous les éléments emblématiques : le désert de sable rouge, les aborigènes, les kangourous, les élevages de moutons et même l'opéra de Sidney. Il y a également des clins d'œil bien appuyés aux œuvres du cru que sont Mad Max, Crocodile Dundee et Priscilla, reine du désert.

Le menu est appétissant, mais le service laisse à désirer. Tout le long du roman, j'ai eu l'impression que l'histoire ne démarrait jamais. Et de fait, tout se joue dans les cinquante dernières pages. Le reste n'est que remplissage pour atteindre les 400 pages réglementaires. Par exemple, les mages passent la moitié du roman sur une île étrange, mais rien de ce qu'ils y feront n'aura de rapport ni d'incidence sur la suite des évènements. Et très rapidement, ils donnent l'impression de ne même plus se rappeler pourquoi ils recherchent Rincevent. Quant à ce dernier, ce n'est pas mieux. Rincevent court vite, mais fait du sur place. L'aventure ne décolle jamais vraiment, sauf à la toute fin, comme si l'auteur se souvenait alors qu'il a une histoire à finir.

Un tome en demie teinte pour moi. Malgré l'humour de la série toujours aussi décapant, j'ai trouvé le temps long par moment.