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Quatrième de couverture :

Rien n’est immuable. Même pas Dorlange, un village enclavé au centre de la France. Depuis quelques années, des néo-ruraux s’y sont installés à la recherche d’un rencontre charnelle avec la terre, d’une existence digne et sans artifice ! Mais pour les agriculteurs d’origine, ces citadins sans attaches et sans souvenirs sont surtout des intrus, flanflans, pioupious et autres cassosses. La coexistence n’est pas toujours facile. Un évènement met le feu aux poudres : l’obligation d’accueillir des demandeurs d’asile syriens dans le village.
Antoine, reporter pour L’Écho du Temps, se fait le chroniqueur des luttes entre les deux partis. D’un côté, le maire et ses guerriers en charentaises et pulls tricotés maison, qui crient à la colonisation de leurs territoires. De l’autre, les anciens urbains, bobobéats, qui brandissent leur idéal de solidarité.

Mon avis :

Dorlange est un petit village du centre de la France. Loin des grandes villes et en dehors des grands axes de communication, ses habitants y mènent une petite vie tranquille sans rien demander à personne et cela leur convient très bien. Mais leur quotidien va changer quand ils apprennent que leur village a été choisi par la préfecture pour héberger un car entier de demandeurs d'asile syriens.

La crise migratoire, en voilà un sujet ô combien d'actualité. La gestion de l'accueil et de l'intégration des migrants par des villageois n'ayant rien réclamé aurait pû, aurait dû, m'intéresser, mais j'ai été déçu par son traitement, très manichéen. En effet, Dorlange va vite se diviser en deux camps. D'un côté, ceux qui sont pour accueillir les réfugiés : des humanistes généreux et ouverts. De l'autre, ceux qui sont contre : des racistes bas du front qui défilent en beuglant « Les Maures, dehors » et « Aux chiottes les barbus ». Aucune nuance, aucune subtilité. Et surtout, aucune remise en question, chacun ayant un avis tranché qu'il gardera d'un bout à l'autre du roman.

Évidemment, le personnage princpal, Antoine, est dans le camp des gentils, ce qui a un petit côté moralisateur assez agaçant. J'aurais trouvé plus intéressant qu'Antoine voit l'arrivée des migrants d'un mauvais œil pour finir par changer d'avis, ou bien qu'il soit indécis sur la question et pèse le pour et le contre. Il me semble que le sujet est suffisamment épineux pour mériter une vraie réflexion, que la question ne se résume pas à un simple pour ou contre. Je pense que beaucoup de personnes favorables à l'accueil des réfugiés changeraient de couleur si on leur annonçait qu'ils logeraient dans leur rue, par exemple. Mais Stéphane Fière préfère nous présenter une situation tranchée et ne pas se poser de question. C'est dommage.

Mais le plus gros problème du roman, ce qui le rend vraiment bancal à mes yeux, c'est qu'il donne l'impression que l'auteur a choisi de parler d'un sujet qui ne l'intéresse pas. Je m'explique : avant l'arrivée des migrants, l'auteur se perd dans des hors-sujets incessants. En vrac, il nous parle de l'écologie, du tourisme, de l'agriculture biologique, de l'accès à internet à la campagne, du métier d'écrivain, des grandes surfaces et de la désertification des centre-villes, de la vie aux États-Unis, des blogs d'influenceurs, de la survie en forêt, des fake news, des réseaux sociaux... Les réfugiés n'étant qu'un sujet parmi d'autres, sur lequel on revient de temps en temps. L'auteur veut parler de tout, mais ne raconte au final pas grand chose. Chaque sujet est abordé une page ou deux pour être remplacé par le suivant, le plus souvent sans dépasser les lieux communs.

Et une fois que les migrants sont là, alors qu'on pourrait légitimement espérer enfin entrer dans le sujet, l'auteur embraye sur une autre histoire : une liaison entre Antoine et une femme mariée. Pour dire à quel point les migrants passent en second plan, c'est sur cette histoire sentimentale que se conclue le roman, la question des réfugiés étant rapidement évacuée au chapitre précédent. Et elle donne vraiment l'impression que l'auteur se débarrasse d'un problème dont il se serait bien passé. Très étrange.

Pour finir sur une note plus positive, je dois dire que si le fond m'a déçu, j'ai bien aimé la forme. L'écriture est fluide et très imagée. Les personnages sont hauts en couleurs et certains m'ont fait rire, comme ce couple de propriétaires de maison d'hôtes qui essayent par tous les moyens d'attirer des touristes chinois. Un humour qui se perd malheureusement au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire. La lecture n'était donc pas désagréable, mais j'aurais aimé que le style soit au service d'un récit plus intéressant.

Un roman qui passe complètement à côté de son sujet. Dommage.