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Quatrième de couverture :

« Nous avons besoin de toi. Les Chiens du Mal règnent sur un tiers du monde et la race humaine est épuisée de leur faire la guerre. Viens, Erekosë. Conduis-nous à la victoire. Des Plaines de Glace Fondante aux Montagnes de la Douleur, ils ont planté leur étendard corrompu, et ils arrivent !
– Je ne peux pas venir. Je suis enchaîné dans l'Espace et le Temps. Un gouffre nous sépare...
– Père, ceci n'est qu'une tombe vide. Même la momie a disparu. Rentrons à Necranal et rassemblons les vivants.
– Songe aux serments passés. Tu as juré de revenir, s'il le fallait, pour trancher les querelles des hommes. Lève-toi, Erekosë. Tu es le ravageur, le Saigneur, l'Enragé. Les cavaliers de la mort t'attendent. Prends leur tête et galope ! galope ! galope ! »
Je devins lourd et titubai. La force me parcourut. J'étais devant eux en chair et en os. J'étais leur dieu et j'étais revenu.

Mon avis :

Moorcock fait partie des incontournables de la fantasy, avec Tolkien, Howard, Vance, Leiber... mais autant j'ai lu et apprécié ces derniers, autant je suis passé à côté du père d'Elric le Nécromancien. Il y a une vingtaine d'année, j'étais parti à la découverte de l'auteur avec la quête d'Erekosë. J'avais choisi ce cycle parce que c'était le plus court (sans doute l'une des pires raisons de choisir une lecture, soit dit en passant) et j'en avais gardé un mauvais souvenir. Refroidi par cette expérience, je n'ai pas souhaité lire le reste de sa production.
Vingt ans après, j'ai décidé de lui redonner une chance.

Dans ce premier tome, Erekosë, mort depuis des millénaires, est rappelé à la vie par la prière de Rigenos, roi de Nécranal, et sommé de tenir son serment de protéger l'humanité contre les Xénans. Pour le roi, la protection de son peuple passe par une éradication totale de ses ennemis, femmes et enfants inclus.

Erekosë est l'une des nombreuses déclinaisons du Champion Éternel, thème que Moorcock a développé dans plusieurs cycles et dont Elric est le plus célèbre représentant. Ce héros a ceci de particulier qu'il garde quelques bribes de souvenirs de ses précédentes incarnations. Peut-être que cet aspect sera plus déterminant par la suite mais force est de constater que, dans ce premier tome, ces souvenirs n'ont aucune influence sur le court du récit. Ils m'ont par contre donné envie de découvrir les autres cycles de l'auteur. Certaines images sont à ce titre particulièrement évocatrices et prometteuses d'aventures épiques.

De ce roman en lui-même, je retiendrais un style direct et efficace, mais frustrant à bien des égards. Moorcock développe une intrigue simple – mais pas simpliste – en allant droit au but, sans s'embarrasser de fioritures inutiles. de longues années de batailles sont expédiées en quelques lignes et les lieux traversés sont traités à grands traits, ce qui donne par moment l'impression de voyager dans un décor de cinéma. De jolis décors, mais qui sonnent creux.

L'accent est porté sur les personnages. Erekosë est un héros tiraillé par des émotions contraires. Rappelé à la vie dans un monde dont il ne se souvient plus de rien, il est obligé de servir une cause dont il n'est pas sûr qu'elle soit juste. Aspirant à la paix, il est forcé de faire la guerre. Ses alliés humains l'envient et se méfient de lui et certains, comme le roi Rigenos et le comte Roldero ont un peu plus de profondeur qu'ils n'en donnent l'impression de prime abord.
Quant aux Xénans, dont Moorcock prend bien soin d'entretenir le mystère sur à leur nature, je n'ai pas été déçu quand, finalement, on en apprend plus sur eux et je n'en dirais pas plus.

En définitive, je suis content d'avoir relu ce roman. Bien que je lui trouve tout un tas de défauts, j'en ressors avec une impression positive. Moorcock a un style accrocheur et imagé. Il donne envie d'en savoir plus et je vais entamer le tome deux sans attendre.