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Quatrième de couverture :

Et si Jules Verne avait laissé un manuscrit inédit ?
Une comète fonce vers la Terre, que vont faire les hommes ? S'entredéchirer ou sauver la planète ?
Elizabeth Storm, jeune et jolie scientifique, et Pierre Lefranc, fougueux journaliste au Petit Journal, pensent la deuxième option probable. La croisade débute : on n'échappera à l'astéroïde Wildcat, six cent kilomètres de diamètre, qui s'approche inéluctablement et menace de détruire la planète, qu'en construisant des cités souterraines dans le cocon maternel de la vie : la Terre. Il s'agit d'abriter un milliard quatre cents millions de Terriens. Un défi titanesque qui oblige à repenser la société.
Les hommes relèvent le gant. Et tout change : travail, argent, propriété, lutte des classes, profit. Ce monde en train de naître pourrait être meilleur que le précédent, d'autant que de formidables inventions voient le jour : énergie propre, transport express par champ électromagnétique, cinéma, téléphone, transmission de la voix et de l'image à distance, recyclage de l'eau, des déchets, alimentation à base d'insectes. Le monde s'en sortira-t-il ?
C'est l'enjeu de ce roman ou le bien et le mal s'affrontent car tous ne sont pas d'accord pour sauver l'Humanité au prix de tant de bouleversements. Et si certains voulaient en profiter ? Voire pire ?

Mon avis :

Le 1er juin 1890, plusieurs astronomes de par le monde découvrent qu'une météorite dont ils ignoraient jusqu'alors l'existence se dirige lentement, mais sûrement, vers la Terre. 10.000 jours, soit une trentaine d'années, c'est l'estimation du temps qu'il reste à l'humanité avant un impact dévastateur qui détruira le monde. Quand tout espoir semble perdu, miss Elizabeth Storm a une idée. Un projet audacieux, certains diront irréaliste, qui ne pourra fonctionner que si toute l'humanité travaille ensemble. Un homme, lord Pearson, croit en ce projet pharaonique et fonde l'Entreprise Pacifique afin de le mener à bien. Dès lors, tout semble possible...

« Le roman caché de Jules Verne. » Avec une telle accroche, et une couverture rappelant les Voyages Extraordinaires, mon cœur de fan était forcé de fondre ! L'idée de Jean-Michel Riou est de nous présenter ce roman comme si il avait été un roman de Jules Verne perdu, et récemment retrouvé. Une idée pas si folle que cela, puisqu'un tel cas s'est déjà produit : Paris au XXe siècle, un texte retrouvé dans un coffre qui ne fut publié qu'en 1994.

La grande question : Est-ce qu'on y croit ? Dans les première pages, l'illusion fonctionne. L'auteur rend hommage au style particulier de Jules Verne, avec des tournures de phrases et un vocabulaire qui lui ressemblent. Même au niveau des dialogues, on pourrait y croire. Mais cela ne dure q'un temps. Plus on avance dans le roman, moins Jean-Michel Riou fait d'effort de style. Et beaucoup de détails rappellent que le texte a été écrit au 21e siècle.

Pour ne prendre qu'un exemple qui ne dévoile rien de l'intrigue : le traitement des avions. À un moment, Jean-Michel Riou introduit le personnage de Clément Ader comme génial inventeur de plusieurs avions révolutionnaires. Si le texte avait été écrit par Jules Verne pour un public du 19e siècle, ces inventions seraient suffisamment fantastiques pour être le sujet central du roman(1). Pour Riou, elles ne sont qu'un moyen pratique d'emmener des personnages rapidement d'un point A à un point B.

Un dernier point qui fait que, décidément, le coup du roman perdu ne fonctionne pas à mes yeux, est le fait que Jules Verne apparaisse en temps que personnage de l'histoire. Le prétexte à cette mise en scène est expliqué en introduction dans une fausse lettre par Pierre-Jules Hetzel, son éditeur. D'après lui, les lecteurs ne pourrait admettre qu'une histoire aussi critique envers les progrès de la science soit bien de Jules Verne que si il se mettait en scène au sein de celle-ci. Un argument plutôt fumeux, je trouve, quand on connait la bibliographie de l'auteur sur ses dernières années.

Bref, plutôt qu'un pseudo roman caché, je préfère considérer ce roman pour ce qu'il est vraiment, un hommage de Jean-Michel Riou à Jules Verne, dont il s'approprie le style et les thématiques pour y ajouter sa propre patte. Considéré ainsi, et pas autrement, c'est plutôt réussi.

Mais si j'ai beaucoup parlé jusqu'ici de son côté « exercice de style », qu'ai-je pensé du roman en lui-même ? Et bien, c'est plutôt une déception. Les cent premières pages sont très bonnes, elles posent les bases d'une bonne intrigue et sont très prometteuses. L'idée d'un grand méchant qui trompe le monde entier en se faisant passer pour le sauveur de l'humanité est excellente. Le problème vient des gentils, qui n'ont pour seul objectif que de prouver au monde entier que Pearson est maléfique. Sauf que c'est un but sans importance. Connaitre la vérité ne sauvera pas le monde étant donné que les héros ne propose pas de meilleure alternative. Difficile, dans ces conditions, d'avoir envie de les soutenir.

Du coup, les trois cent pages centrales m'ont paru bien longues ... Cela s'accélère dans les cent dernières, avec une accumulation de scènes d'action qui tentent de faire oublier la vanité de la quête des héros. Et pour finir, l'auteur se dépatouille de cette situation inextricable avec un bon gros deus ex machina sorti de nulle part je ne peux m'empêcher de penser, même si c'est un peu facile, que si Jules Verne avait réellement écrit cette histoire, il aurait su la conclure d'une meilleure façon !

Bref, malgré de bonnes idées et sans doute les meilleures intentions de son auteur, 10.000 jours pour l'humanité n'est pas la bonne surprise que j'attendais.

 

1 : Ce qu'il fit dans "Robur-le-Conquérant" et sa suite, "Maître du monde", deux Voyages Extraordinaires dont je recommande chaudement la lecture.