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Quatrième de couverture :

L’Homme qui en savait trop peu rassemble treize « histoires criminelles » de James Thurber inédites en français, écrites entre 1929 et 1962. De la parodie de film d’espionnage (La dame du 142) au pastiche de James Cain, l’un des fondateurs du polar « hard-boiled » (L’enfer ne se déchaîne qu’une fois), en passant par des meurtres férocement domestiques (M. Preble se débarrasse de sa femme) et professionnels (Tutoyer les sommets), ou une troublante relecture de Shakespeare sur le mode Cluedo (L’affaire Macbeth), s’expriment dans ces textes tout l’humour délicieux et la fine psychologie de l’auteur.
Car Thurber, s’il s’amuse des codes du roman policier, est aussi, dans l’Amérique moderne des années 1920-30, le créateur de la figure du « little man » : ce citadin en chapeau et costume gris, comptable ou archiviste, certes timide, névrosé et rêveur, n’en ourdit pas moins, comme tout un chacun, de sombres projets criminels… parfois contrariés par sa « tendre moitié », souvent par sa propre maladresse, mais toujours à mourir de rire.

Mon avis :

James Thurber a fait les grandes heures du New Yorker magazine en tant qu'écrivain et dessinateur. Comme son collègue Wolcott Gibbs, dont j'ai critiqué le très drôle Tous au pôle ! en début d'année, Thurber écrivait des textes pleins d'humour. Son œuvre la plus connue est La Vie secrète de Walter Mitty, qui a connu plusieurs adaptations au cinéma (celle de Ben Stiller en 2014 est excellente, soit dit en passant).
L'Homme qui en savait trop peu et autres histoires criminelles est un recueil de 13 nouvelles parues entre 1929 et 1962, agrémentés de dessins de l'auteur.

Thurber pratique l'humour absurde et le non sens, qui a ceci de particulier qu'il faut réussir à se faire embarquer par l'auteur pour passer un bon moment. Dans le cas contraire, on reste sur le quai avec une moue dubitative. C'est ce qui m'est arrivé pour plusieurs textes. J'avoue ne rien avoir compris à Little Joe, un braquage qui tourne mal, mais sans conséquences, ni à L'Enfer ne se déchaine qu'une fois, une histoire d'amour où la passion se règle à coup de poing. Il est possible qu'il faille avoir lu Le Facteur sonne toujours deux fois, de James M. Cain, pour pleinement apprécier cette dernière, mais ce n'était pas mon cas.

Quelques faux départs, donc. Mais quand on parvient à monter dans le train, c'est un régal. Parmi mes nouvelles préférées, je citerais, sans ordre particulier :

- Tutoyer les sommets :
Un employé modèle ne supporte pas les manières d'une nouvelle recrue et décide de l'assassiner. Il a imaginé le plan parfait, mais rien ne se déroule comme prévu !
Même si on la voit venir, la chute est très bien amenée.

- L'Affaire Macbeth :
Deux amateurs de romans policiers propose une relecture de la célèbre pièce de Shakespeare, selon les codes de leur genre littéraire favori.
J'aurais sans doute encore plus apprécié cette nouvelle si j'avais lu Macbeth mais, en tant qu'amateur de policiers à l'ancienne, je l'ai tout de même trouvée très drôle. C'est étonnant de voir comment les raisonnements qu'on a tous quand on lit un Agatha Christie, par exemple, se transposent très bien dans une pièce de théâtre qui n'a, a priori, rien à voir.

- Le Dossier Lapin blanc :
Et si une histoire pour enfant était écrite par les gars qui conçoivent les émissions policières radiophoniques ? Et bien cela donnerait une enquête de Fred Fox, chargé de retrouver Daphné Lapinot. Principal suspect : Franz Grenouille, le propriétaire du night club Le Nénuphar.
Une géniale opposition de style entre deux genres qu'on pourrait croire incompatible. Thurber prouve que non seulement c'est faux, mais en plus c'est bon !

- Un ami pour Alexander :
Dans ses rêves, Andrews se lie d'amitié avec Alexander Hamilton, un homme politique du XIXème siècle. Problême, Aaron Burr, adversaire historique d'Hamilton, transforme les rêves en cauchemars, au point d'en affecter la vie d'Andrews.
Un point de départ improbable pour un récit qui fonce doucement mais sûrement en plein dans le mur du surréalisme.

- M. Peeble se débarrasse de sa femme :
Un petit bijou d'humour domestique. Il s'agit essentiellement d'un dialogue entre un mari et une femme, qui tourne rapidement à l'absurde. Cette histoire m'a provoqué mon plus gros fou rire, mais aussi ma plus grande frustration. En effet, elle serait parfaite si elle ne manquait pas d'une chute !

C'est en effet une particularité étonnante de ce recueil. Beaucoup de textes que je n'ai pas cités sont très drôles, mais se terminent en queue de poisson. Comme si l'auteur, ne sachant comment conclure, a laissé tomber pour passer à autre chose. C'est assez déroutant et m'a empêché d'apprécier pleinement certaines histoires. C'est dommage, car James Thurber est très plaisant à lire et son humour fait souvent mouche.

Un recueil inégal, mais qui contient quelques bonnes pépites.