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Quatrième de couverture :

Davidson, le capitaine, sait ce qu'il a à faire. La Terre manque de bois ; Athshe, la planète-forêt, en fournit autant qu'il en faut. Les créates, ces singes verts, abattent les arbres sous les ordres de Davidson. Athshe deviendra un vrai paradis et les créates n'en profiteront pas.
Le seul qui les protêge, c'est Lyubov, ce crétin de spé. Il a sauvé l'un d'eux, Selver, qui renâclait parce qu'on avait tué sa femme. Un comble ! Et maintenant, Selver et quelques autres ont fui dans la forêt ; ils sont un peu moins rêveurs ; ils deviennent violents, comme les umins. Mais le pire, c'est que la Terre entre dans la Ligue des Mondes et qu'il faut arrêter le massacre. Et Selver songe à se venger en chantant. Alors là non ! non ! NON !

Mon avis :

Athshe est une planète composée d'un archipel de grandes îles entièrement recouverte de forêt. Depuis quelques années, une colonie humaine s'y est installée pour exploiter ce colossal gisement de bois, au mépris de l'espèce indigène, des humanoïdes aux allures de primate à fourrure verte qu'il nomment créates. La plupart des colons les considérant, au mieux, comme des animaux intelligents, ils n'ont aucun scrupule à les asservir aux travaux forcés. Seul Lyubov, le spécialiste en race extraterrestre, s'inquiète du sort des créates.

Le Nom du monde est Forêt a reçu le prix Hugo du meilleur roman court en 1973.

Je connaissais déjà Ursula K. Le Guin pour ses romans de fantasy, avec l'excellent cycle de Terremer, et dans le registre historico-mythologique avec Lavinia, un de mes coups de cœur de 2018. Il me restait à découvrir ses écrits de science-fiction, et c'est chose faite avec cette novella.
Que dire, sinon que l'autrice excelle autant dans la SF que dans les autres domaines ?

Le comportement des humains envers les créates évoque le colonialisme de notre histoire. On pense aux spoliations des terres des amérindiens par les colons européens, ou encore à l'hypocrisie des propriétaires terriens vis à vis de la main d'œuvre noire après l´abolition de l'esclavage. Car si officiellement il n'y a pas d'esclaves sur la planète Athshe, les humains traitent les créates comme du bétail.
Quant à l'exploitation de la forêt' elle pose la question de la raréfaction des ressources naturelles. Un sujet qui nous touche encore plus aujourd'hui qu'à l'époque de son écriture. Le propos du texte n'a pas vieilli du tout.

Pour autant, le Nom du monde est Forêt n'a rien d'un pamphlet assommant. L'écriture est soignée ; le texte est court mais riche. Ursula K. Le Guin a imaginé un peuple a la culture complexe et étonnante, avec sa mythologie, ses coutumes, son langage. Les créates nous touchent par leur proximité avec l'homme, tout en étant radicalement différents. L'auteur laisse également entrevoir quelques éléments d'un background plus vaste, à l'échelle galactique. Le roman fait partie du cycle de l'Ekumen, mais peut se lire tout à fait indépendamment.

Un texte intense, poétique et intelligent. C'est une excellente porte d'entrée si vous souhaitez découvrir Ursula K. Le Guin.