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Quatrième de couverture :

Le progrès technologique a ouvert aux humains le chemin des étoiles, et plus rien ne sera jamais comme avant. Mais tandis que l'humanité poursuit son expansion et son développement, l'Homme, lui, reste seul, face à son propre vide qui le contemple et le consume. Lya, télépathe envoyée sur Ch'kéa pour enquêter sur un mystérieux culte local, sera assaillie par le doute : l'Union des esprits prônée par les Ch'kéens est-elle la bonne réponse ? Sur Cerbère, un individu, seul être vivant de la planète, a volontairement quitté la Terre pour mener une vie de reclus au milieu des étoiles. Pour combien de temps ? Manipulateur de cadavres, combattant pour les Forces expéditionnaires terriennes, ou collectionneur passionné, pour chacun l'heure cruciale du choix a sonné...

Mon avis :

Avant d'être reconnu comme un auteur majeur de fantasy, avec la mondialement célèbre saga du Trône de fer, G. R. R. Martin a débuté sa carrière avec des récits de science-fiction. Chanson pour Lya est l'un de ses premiers recueils. Il contient neuf nouvelles écrites entre 1969 et 1973.

- Chanson pour Lya (A Song for Lya) :
Cette longue nouvelle nous emmène à la découverte de la planète Ch'kéa,, en compagnie de Robb et Lya, deux télépathes enquêtant sur le Culte de l'Union, une religion extraterrestre menant à une sorte de suicide rituel, qui fait de plus en plus d'adeptes chez les humains.
Au programme : de l'exotisme, du mystère, quelques réflexions intelligentes sur la religion, mais surtout une magnifique histoire d'amour. Un très beau texte, très bien écrit, avec des personnages émouvants.

- Au matin tombe la brume (With Morning Comes Mistfall) :
Spectralia est une planète montagneuse dont les vallées sont envahies par un brouillard permanent. Vu des cimes, le spectacle est magnifique, un véritable paysage de carte postal, mais on raconte que des spectres hantent la brume. Une équipe scientifique et un journaliste partent en expédition pour démystifier la légende.
Nous voici sur une autre planète, fraichement colonisée, avec encore beaucoup de mystère. Justement, il sera question du mystère et de son pouvoir de fascination sur l'homme, mais également de son besoin de réponses et de la lutte entre l'imaginaire et la connaissance, entre les rêveurs, la tête dans les étoiles et les rationnels, tristement terre-à-terre.
Encore une belle nouvelle, avec une fin douce-amère, que j'ai beaucoup aimée.

- Il y a solitude et solitude (The Second Kind of Loneliness) :
Un homme seul, en poste dans une station spatiale en bordure du système solaire, attend patiemment la relève après quatre années de service.
Il s'agit d'un long monologue sur la solitude. Des choses intéressantes, mais ce n'est tout de même pas très palpitant. Et ce n'est pas le petit twist final, même si il est bien amené, qui y changera grand chose.

- Pour une poignée de volutoines (Override) :
Karabadjian est un manipulateur de cadavres, c'est à dire qu'il contrôle mentalement des corps décédés pour effectuer des travaux de manutention. Comme beaucoup d'autres, il est en contrat sur Spéléa pour extraire de la volutoine. Mais le nouveau patron de la société qui les employait a décider de se passer de leurs services.
Une nouvelle qui s'interroge sur notre rapport à la mort, mais d'une façon très pragmatique, sans entrer dans des débats philosophiques. L'approche est originale. C'est plutôt bien vu. Encore un très bon texte.

- Le Héros (The Hero) :
Kagen, l'un des meilleurs soldats des FET (Force d'Extermination Terrienne), plusieurs fois décorés pour ses faits d'arme, souhaite quitter l'armée après vingt ans de bons et loyaux services, et profiter d'une retraite bien méritée.
Le début fait penser qu'on va lire de la SF militaire, mais en fait le propos n'est pas la guerre en elle-même, mais le devenir des soldats qui se retirent des combats. Une nouvelle très cynique.

- L'Éclaireur (Dark, Dark Were the Tunnels) :
Des archéologues de la Lune retournent sur Terre cinq siècles après une grande catastrophe ayant rendu la surface de la planète radioactive, dans le but d'en étudier les vestiges souterrains et l'espoir de retrouver des survivants.
On suit en parallèle les archéologues et un éclaireur, pour une rencontre des plus étonnante. Une atmosphère de post-apo souterrain qui m'a rappelé le jeu vidéo Fallout (pour ceux qui connaissent). Une chouette nouvelle.

- VSL (FTA) :
VSL pour Vitesse Supérieure à la Lumière. Un scientifique est persuadé d'avoir trouvé la clef pour concevoir un moteur hyperespace, et cherche des fonds pour financer ses recherches.
Cinq petites pages. Difficile d'en dire beaucoup plus sans trop en dévoiler. Court, mais efficace.

- La Sortie de San Breta (The Exit to San Breta) :
Les automobiles sont tombées en désuétude depuis la démocratisation des hélicos individuels et des moteurs anti-G. Le réseau routier, laissé à l'abandon, tombe lentement en ruine. Aux environs de Los Angeles, un des derniers automobiliste parcourt l'Interstate au volant de sa Jaguar. Il va faire une étonnante rencontre.
Même si on est toujours dans un monde futuriste, on quitte un peu la science-fiction pour le fantastique. Bien que le changement soit rafraichissant, je trouve G. R. R. Martin un peu moins bon dans ce registre. Trop long, trop explicatif, trop prévisible, pas assez de mystère. Une nouvelle que j'ai trouvé réellement médiocre.

- Diaporama (Slide Show) :
Lors d'un gala pour une collecte de fond, le commandant Becker, de la société ESPACE, raconte sa dernière expédition spatiale, illustrée par un diaporama holographique.
Une nouvelle en deux partie. D'abord la description de l'expédition spatiale, avec son lot de belles images et la description d'un civilisation extraterrestre très originale (qui aurait mérité une nouvelle dédiée). S'ensuit une discussion entre Becker et un médecin où il est question de la Terre et des étoiles. Au final, les thèmes abordé ne sont pas très éloignés de la seconde nouvelle (Au matin tombe la brume), mais présenté sous un angle différent, et plus pragmatique. Quele doit être notre priorité : soigner notre planète ou chercher notre salut dans les étoiles ? Cette nouvelle conclut parfaitement le recueil.

Dans l'ensemble, j'ai énormément apprécié ce livre. Finalement, G. R. R. Martin s'intéresse plus à l'humain qu'à la technologie. Les textes parle d'amour, de mort, de solitude, de rêves... avec un ton très juste. Par contre, l'auteur n'est visiblement pas amateur de fins heureuses. Presque tous les textes se terminent mal, ce qui n'est pas forcément pour me déplaire. J'aime les fins douces amères, pourvu qu'elles soient amenées à propos, ce qui est le cas ici.
Bien que les textes datent du début des années 70, je ne l'ai pas ressenti. L'écriture n'a pas vraiment vieillie, je trouve.

Un très bon recueil de science-fiction.