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Quatrième de couverture :

Des interviews (Noël Sturgeon, Bertrand Tavernier, Christian de Chalonge, Laurent Heynemann...), des essais (Marianne Leconte, Jeanne-A Debats, Tristan Garcia, Jo Walton, Thomas F. Monteleone, Fabrice Defferrard...) ainsi que des archives inédites pour tout apprendre de l'auteur de Cristal qui songe et Les plus qu'humains.

Mon avis :

Theodore Sturgeon : le plus qu'auteur est un mook (magazine-livre vendu en librairie) consacré à un auteur de science-fiction ayant eu une grande influence dans la littérature de genre, mais pas seulement, et pourtant assez méconnu du grand public. C'est en tout cas ainsi que Sturgeon est présenté dans cet ouvrage, et cela correspond assez avec mon expérience. De lui, je n'ai lu que son roman le plus célèbre : Les Plus qu'humains, tandis que Cristal qui songe attend bien sagement sur une de mes étagères que je me décide à le lire un jour.
Les interviews et articles sont richement illustrés de photos, couvertures et affiches originales... La maquette est claire et flatte la rétine. Bref, c'est un bel objet.

Le livre s'ouvre sur l'interview de la fille de l'auteur, Noël Sturgeon. Sans conteste l'entretien qui m'a le plus plu. On y découvre l'auteur dans le privé, sa relation avec sa famille, avec le milieu littéraire, sa façon de travailler... On se rend compte également de la grande influence de sa vie personnelle sur son écriture. Tout cela est très intéressant.

Vient ensuite un article signé de l'éditrice et autrice Marianne Leconte. Ce texte a été écrit à l'origine pour le Livre d'or consacré à Theodore Sturgeon (Pocket, 1978). Il s'agit d'une courte biographie de l'auteur, suivie d'une analyse de son œuvre. Marianne Leconte décrit les grandes thématiques abordées par Théodore Sturgeon, dans ses principaux romans comme dans ses nouvelles les plus obscures. Le moins que je puisse dire est que son enthousiasme pour le romancier est communicatif. Son article remplit brillamment le double objectif de me faire découvrir l'auteur tout en me donnant envie de lire ses écrits.

Cet article et l'interview de Noël Sturgeon sont très complémentaires et sont clairement ce que j'ai préféré dans ce livre. La suite est plus inégale. On a de l'anecdotique, mais drôle, avec un court article de Tom Monteleone. Quant à l'interview de Philippe Hupp, elle permet de se rendre compte de la popularité de Sturgeon en France dans les années 70.

L'article sur Star Trek m'a laissé froid, par contre. Est-ce parce que je n'ai jamais été un fan de cette série, mais le fait que Sturgeon ait écrit le scénario de deux épisodes ne me parait pas spécialement digne d'intérêt. Ah, si, il y a une chose que j'ai retenue : D'après Leonard Nimoy, l'interprète de Spock, Theodore Sturgeon serait l'auteur de la célèbre formule qui accompagne le salut vulcain : « Live long and prosper. » (Longue vie et prospérité). Comme cette anecdote avait déjà été donnée par Noël Sturgeon dans son interview... et qu'elle sera de nouveau rappelée dans une citation en fin d'ouvrage, j'en déduit que cela doit être important.

Suivent trois interviews de réalisateurs français : Bertrand Tavernier, qui a souhaité un temps tourner un film sur Les Plus qu'humains, mais le projet n'aboutit pas, et de Christian de Chalonge et Laurent Heynemann, qui ont chacun adapté une nouvelle de Sturgeon pour la télévision. Ces interviews ne sont pas inintéressantes mais le fait qu'on leur pose globalement les mêmes questions auxquelles ils donnent globalement les mêmes réponses provoque un désagréable sentiment de répétition. En effet, ces trois réalisateurs sont issus du même milieu et portent le même regard sur l'auteur et sur la science-fiction. Il aurait été bien plus judicieux de les interviewer ensemble.

Tant que je suis dans les doléances, le livre contient plusieurs lettres de Sturgeon, ou qui lui sont adressé, faisant partie de la correspondance entre l'auteur et d'autres grands noms de la sf : Bradbury, Silverberg, Vonnegut, Zelazny, Asimov... ainsi qu'avec Bertrand Tavernier. Ce sont des documents précieux et sans nul doute dignes d'intérêt. Malheureusement, comme ces lettres ne sont pas traduites et que je ne suis pas anglophone, c'est une quinzaine de pages du livre qui m'est resté incompréhensible.

Le livre se conclut avec un sympathique guide de lecture. Plusieurs personnalités nous parlent d'un texte de Sturgeon et nous expliquent en quelques mots pourquoi ils l'ont adoré. Les textes donnent envie de lire bien comme il faut, mais je regrette leur trop petit nombre. J'en aurais bien repris pour quelques pages de plus.

Bref, j'ai trouvé cet ouvrage assez inégal. Il est desservi par la partie consacrée au cinéma, soit un bon tiers du bouquin, dispensable à mon avis. L'interview de la fille de l'auteur, l'article de Marianne Leconte et le guide de lecture valent, par contre, franchement le coup. Inégal, donc, mais intéressant tout de même.

Je sens que Cristal qui songe ne va plus m'attendre très longtemps sur son étagère...