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Quatrième de couverture :

Serait-il possible de décrypter les algorithmes de l'amour ? Peut-être les tentaculaires compagnies de l'Internet y parviendront-elles un jour ? Elles sauraient, alors, dire si deux personnes sont vraiment faites pour être ensemble. Et si l'immortalité nous était offerte, quelle trajectoire serions-nous amenés à suivre ? Sans doute la route vers les étoiles s'ouvrirait-elle à nous ? D'immenses vaisseaux se dirigeraient vers 61 Virginis pour y trouver... quoi ? Mais les plus beaux voyages sont peut-être ceux que l'on fait grâce à la mémoire, à l'aide de jouets nés des mains et de l'amour d'une mère : une merveilleuse ménagerie de papier.

Mon avis :

La Ménagerie de papier est un recueil de 19 nouvelles, très différentes dans la forme : on trouve de la science-fiction, du fantastique, du policier et d'autres plus inclassables ; dans le traitement : des textes très tristes en côtoient d'autres plus légers, voire humoristiques ; ainsi que dans les thèmes abordés : la mémoire et comment les souvenirs nous définissent, le langage et la communication, la différence et le rapport à l'autre, sont parmi les plus récurrents.

Je vais passer très rapidement sur les rares textes qui ne m'ont pas convaincus :
- Avant et après : Texte qui ressemble plus à un exercice de style qu'autre chose.
- Nova Verba, Mundus Novus : Un monde original qui influe directement sur le langage, sans nul doute un cauchemar pour le traducteur ! Mais le texte devient rapidement confus et incompréhensible.
- Emily vous répond : Ce texte aborde la question de la mémoire et de la perte volontaire de souvenirs sous la forme d'un courrier du cœur. Sympathique, mais anecdotique.
- Le Livre chez diverses espèces : Un catalogue de bonnes idées. Dommage qu'il manque une histoire.

Tous ces textes ont en commun d'être très courts, entre trois et six pages. Vite lus, vite oubliés. En contrepartie les autres nouvelles sont toutes très bonnes, voire carrément excellentes. 

J'ai particulièrement aimé :
- Les algorithmes de l'amour : La vie d'une fabricante de poupées dotées d'intelligences artificielles de plus en plus développées. Ken Liu parvient à renouveler un thème archi rebattu (la limite entre l'homme et la machine) en le traitant sous un angle original, à contrepied de l'angle habituel. C'est quasiment un exploit en soi, tant tout a déjà été écrit sur le sujet.
- Faits pour être ensemble : Cette nouvelle, qui parle des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, pourrait faire un bon épisode de Black Mirror. Un texte très cynique qui rappelle que les pires tyrannies sont celles qui s'établissent avec l'accord (voire à la demande) de la population.
- Trajectoire : Le parcours de la première femme a subir un traitement conférant l'immortalité. Un texte particulièrement beau, qui parle autant de la mort que de la vie.
- Le Golem au GMS : Lors d'une croisière spatiale, une fillette reçoit la visite télépathique de Dieu. Un texte drôle et rafraichissant.
- L'Erreur d'un seul bit : Un athée peut-il trouver la foi tout à fait rationnellement ? Un thème pour le moins original servi par un beau texte, à la fois touchant et poétique.
- La Plaideuse : Du policier historique qui nous plonge dans la Corée médiévale. C'est une nouvelle très classique mais redoutablement efficace. J'aurais bien aimé un roman, voire même une série, avec ce personnage.
- La Forme de la pensée : La rencontre entre l'humanité et un peuple extraterrestre au mode de pensée radicalement différent. Le texte montre la difficulté à comprendre l'autre et les problèmes qui sont engendrés si on lui applique notre propre grille de lecture.

Je garde le meilleur pour la fin avec la nouvelle qui a donné son titre au recueil : La Ménagerie de papier. Elle évoque la relation entre une mère et son fils, les difficultés d'intégration à une culture étrangère, les problèmes de communication... Ce texte est un pur concentré d'émotion et de poésie, j'en ai eu les larmes aux yeux.

Ce sont de nombreuses critiques plus qu'élogieuses qui m'ont donné envie de lire ce recueil, et je ne le regrette pas. Certaines de ces nouvelles sont parmi les meilleures que j'ai lues, tous auteurs confondus.