image

Quatrième de couverture :

Vivait à Sochy – l’Oradour-sur-Glane polonais – une fillette prénommée Renia, avec son papa, sa maman, son frère et sa sœur. Lorsque les Allemands sont arrivés, ils ont incendié le village et tué ses parents, ainsi que deux cents autres civils, dont des vieillards et des nourrissons. Elle a tout vu. Des années plus tard, Renia donne naissance à une petite fille, mais elle-même est restée une enfant.
La petite fille s’appelle Anna Janko. Elle est aujourd’hui poétesse, romancière, chroniqueuse à succès, et c’est à 57 ans qu’elle raconte enfin le malheur arrivé à sa mère. Ou, plus exactement, le sien.
Au-delà de sa grande valeur littéraire, Une si petite extermination est un livre remarquable par la véracité du témoignage qu’il porte. Anna Janko aborde ici, à partir de son histoire familiale, le problème de la transmission aux enfants et petits-enfants du traumatisme de la barbarie.
Ceux qui sont morts à Sochy le 1er juin 1943 ne purent raconter leur histoire. Ceux qui ont survécu au massacre n’eurent aucune chance de surmonter leur souffrance. Et s’il appartient à la génération suivante de dire et de s’émouvoir, ce n’est pas pour être écrasée à son tour par un impossible fardeau, mais pour s’en libérer – et retrouver enfin « la capacité d’agir et de réfléchir de manière critique » (Anna Zeidler-Janiszewska).

Mons avis :

Dans ce livre, Anna Janko raconte le drame vécut par sa mère Renia, le 1er juin 1943, à Sochy. À 5 heures du matin ce jour-là, les troupes allemandes sont entrées dans le petit village polonais pour l'incendier et massacrer la population. Renia a vu ses parents mourir sous ses yeux. Elle avait neuf ans.

Une si petite extermination est très loin du genre de mes lectures habituelles. J'aime l'histoire, mais je lis surtout des fictions, des histoires romancées, qu'elles soient basées sur des faits réels ou totalement fictives. Ce livre est plus proche d'un essai.
Il est construit comme un dialogue entre Anna, la fille et Renia, sa mère. Mais c'est surtout Anna qui parle. Elles reviennent sur cette matinée sanglante de Sochy, mais pas seulement. Les deux femmes parlent du peuple polonais, de la vie sous l'occupation allemande, des autres villages détruits, du sort des juifs, des déportations, des camps, Auschwitz, Birchenau, Madjanek... On passe d'un sujet à l'autre au gré de la conversation, de manière organique.

Anna Janko met un point d'honneur à rendre leur identité aux victimes. Dès qu'elle le peut, elle donne leur nom et leur prénom, raconte leur vie avant le moment fatal. Elle raconte de nombreuses anecdotes collectées au long d'une enquête qu'on devine longue et fastidieuse. Elle raconte également le sort des survivants, qu'ils soient de sa famille, de ses amis, ou d'illustres inconnus. En ces temps, ne pas mourir n'était pas toujours une bénédiction.

L'auteur prend un chapitre entier pour décrire quelques exemples de bonté chez les soldats ennemis, pour rappeler que tous les allemands n'étaient pas maléfiques. Elle essaye de comprendre ce qui peut mener les hommes à de tels actes. Des parallèles sont faits avec d'autres guerres, plus anciennes ou plus proches, pour tenter de comprendre. À ces moments, le texte devient plus abstrait, le propos plus global. Mais Anna Janko finit toujours par revenir vers l'individu, via une anecdote plus intime.

Le texte est écrit simplement, comme sur le ton de la conversation. Les fioritures sont inutiles. Au contraire, ce style direct rend avec justesse le caractère poignant, horrible, voire absurde de la seconde guerre mondiale en Pologne, au travers d'une succession d'anecdotes et de portraits.

Maintenant que j'ai terminé de le lire, je me rend compte à quel point le titre et la couverture sont parfaitement choisis.
Le titre est un terrible euphémisme pour décrire un drame tombé dans l'oubli. Tout le monde se rappelle de l'Holocauste et des grandes déportations, mais personne ne semble vouloir se rappeler du massacre de Sochy.
Quant à la couverture, que j'avais d'abord pris pour une illustration, c'est la photo d'une montre à gousset en argent, seul héritage restant du grand-père de Renia. Elle illustre parfaitement le contenu du livre : à la fois un dernier souvenir et un petit morceau de temps.

Une si petite extermination traite un sujet difficile avec beaucoup de justesse. Il est écrit avec l'âme, il fait réfléchir avec le cœur.