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Quatrième de couverture :

L'histoire d'un frère et d'une soeur qui s'aiment et vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage ; une histoire qui est celle que Nosaka vécut lui-même, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Le traducteur, Patrick De Vos, décrit son écriture comme un brassage de toutes sortes de voix, de langues, la plus vulgaire comme la plus classique, où se déverse par coulées enchaînées les une aux autres le flot ininterrompu des images. " Ce sont ces images que l'illustrateur Nicolas Delort fait naître, avec un réalisme stupéfiant, elles restituent toute la profondeur dramatique de cette période, la tendresse des liens qui unissent les deux enfants, l'intensité poétique et visionnaire du texte de Nosaka.

Mon avis :

Les deux nouvelles du recueil d'Akiyuki Nosaka nous racontent la Seconde Guerre Mondiale, du point de vue de l'homme ordinaire, bien loin des combats, mais non de la souffrance.

- La Tombe des lucioles :
La nouvelle débute par la mort de Seita, jeune garçon de 14 ans, quelques heures à peine après la fin de la guerre. L'auteur nous raconte son dernier été quand, devenus orphelins après un bombardement, lui et sa petite soeur Setsuko tenteront de survivre dans un Japon dévasté. On connait donc déjà la fin de l'histoire quand on la découvre, ce qui la rend encore plus tragique.

C'est d'une plume naturelle, touchante mais sans concession, que Nosaka nous conte son histoire. Lui qui avait le même âge que Seita à cette époque, orphelin également, et ayant perdu sa soeur dans les même circonstances, on comprend sans mal que <a href="/livres/Nosaka-La-Tombe-des-lucioles/66753" class="titre1">la Tombe des lucioles</a>, c'est un peu une autobiographie couverte pudiquement sous un voile de fiction.

Le récit est poignant, vivant, vibrant. 40 pages d'émotions pure.

- Les Algues d'Amériques :
Japon, à la fin des années 60. Toshio et son épouse Kyôko sont des japonais ordinaires. Lors d'un voyage à Hawaï, Kyôko se lie d'amitié avec un couple d'américains. Après quelques mois d'échanges de nouvelles par courrier, elle est toute excitée quand elle apprend que ses nouveaux amis viennent leur rendre visite chez eux, au Japon. Toshio est beaucoup moins emballé. Même vingt ans après, les américains restent toujours à ses yeux ceux qui les ont humiliés.

On vit par les yeux de Toshio le rapport ambigu qu'entretient le peuple japonais avec les américains depuis la guerre jusqu'à l'ère Reagan. Tout d'abord l'Ennemi, l'américain devient ensuite à la fois objet de fascination et de répulsion. À la fin des années soixante, le Japon est divisé en deux : ceux qui, comme Toshio, ne digère toujours pas l'humiliation de la défaite et ceux, telle Kyôko, qui souhaite tourner la page et prendre en marche le train du changement.

Comme pour la Tombe des lucioles, on sent que Nosaka a dû puisé dans son expérience personnelle pour raconter son histoire. Toshio avait le même âge que Seita pendant la guerre, et si lui a survécu, une part de son âme y est restée.

Cette nouvelle est moins forte en émotions que la précédente, ce qui n'est pas forcément un mal. Ici, c'est un sentiment d'amertume qui survole le récit.

Ce recueil de nouvelles est un véritable coup de coeur que je vous invite chaudement à découvrir.