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Quatrième de couverture :

Goan Si est un plongeur du futur proche. Il explore un data lake matérialisé dans un bassin de mémoire liquide nommé « omniscience ». Suite à l'époque des archives papiers puis des bases numériques, les données mondiales sont stockées sous cette nouvelle forme. Les plongeurs servent un ministère souvent cocasse, évocateur du Brazil de Terry Gilliam remis au goût du new public management. Leur rôle est de tisser des fils narratifs dans le bassin ou de les décrypter, à l'aide de machines de lecture/écriture. Mais dès le début, des fils d'anciens plongeurs, classés sous le dossier d'archive E#26, soulèvent des questions d'ordre existentiel. En suivant les histoires parallèles d'une petite dizaine de personnages, André Ourednik explore la question très actuelle des data, de leur futur et de leur implication dans la constitution de la mémoire individuelle et collective. Ponctué de scènes saisissantes et porté par une écriture nourrie de références et de symboles, ce texte densément riche questionne profondément l'individualisme.

Mon avis :

À l'avenir, le papier sera lentement supplanté par les supports numériques, avant d'être eux-mêmes remplacés par de gigantesques piscines remplies de Médium, sortes de molécules de savoir. Chaque molécule représente un fait, une donnée brute qui, par un savant procédé chimique et informatique, est capable de s'associer aux autres molécules de Médium pour former des chaines d'informations et devenir l'Omniscience. Dans cet océan de données – au sens littéral du terme – des plongeurs tissent des fils qui permettent de rationaliser quelque peu ce savoir.
Goan Si est l'un de ces plongeurs. Son patron va lui confier une tâche différente de son travail habituel. Il devra rechercher l'origine d'un des tout premier fil dont on ne connait pas l'auteur : E#26.

Omniscience est un vrai roman de science-fiction, dans son acception la plus pure, en ce sens qu'il possède une réflexion particulièrement poussée et cohérente sur notre avenir. Ici c'est le traitement de l'information et la gestion de la mémoire individuelle et collective qui est au centre du roman, mais pas seulement. André Ourednik lance d'intéressantes réflexions sur la société, l'écologie, le transport, notre rapport au temps et à l'espace, etc. Comme tout bon roman de SF, cette vision de l'avenir nous renvoie à notre présent et on peut s'amuser à comparer ce qui est de ce qui sera, ou pourrait être.

L'écriture est agréable. Malgré la complexité des thèmes abordés, je ne me suis jamais senti perdu. Un certain humour diffus, teinté d'ironie, se dégage des lignes et permet d'absorber les passages plus techniques, voire métaphysiques, en douceur.
Les chapitres [E#26] m'ont surpris. Ils sont écrit à la seconde personne. Contrairement à la première personne, où le lecteur incarne le personnage principal, la seconde personne place le lecteur lui-même comme faisant partie de l'histoire. C'est très déroutant et je n'avais encore jamais lu un texte écrit de cette manière. Cela donne à ces passages une ambiance unique.

J'ai vraiment aimé ce roman, que je recommande à tout amateur de science-fiction d'anticipation.